
Le lac Ahémé est long de 24 km de la rive nord à la pointe sud et large de 2 à 5,5 km. Il a une superficie de 78 km2 en période de basses eaux et 100 km2 en périodes de crues. Les marées, responsables des dénivellations entre la mer et le lac, engendrent des courants à travers le chenal Aho, qui relie le lac à l’océan atlantique.
Les intrusions salines en période de basses eaux, bénéfiques au développement des crevettes, résultent de ces courants. Le lac Ahémé, encaissé entre deux plateaux, est sous l’influence de deux versants à pente forte. Cette situation fait de lui un réceptacle pour les sédiments venant non seulement du bassin versant, mais aussi des berges. L’évolution du lac tend donc naturellement vers un comblement progressif comme dans tout système lagunaire. Les activités anthropiques renforcent évidemment la dégradation de l’écosystème. Ce lac joue un rôle très important dans la vie des populations riveraines. Les pêcheurs des communes de Comé, Bopa et Kpomassé y puisent les bases essentielles de leur alimentation et de leur revenu. Il sont issus de différents groupes ethniques (NB : Selon Jean Pliya, les agriculteurs et chasseurs-cueilleurs Aïzo sont les premiers à s’être installé au bord du lac : chassés du plateau d’Allada par le royaume du Dahomey, ils ont investi la rive nord dès 1724. Pour eux la pêche n’était qu’une activité parmi les autres. Les Houéda, ou Pédah, sont fortement majoritaires. Ils se sont dispersés autour du lac Ahémé et dans les zones lagunaires voisines suite à la conquête de leur royaume par le royaume du Dahomey en 1727, puis se sont essaimés suite aux razzias organisées par le roi Gbéhanzin dès la fin du XIXe siècle. Les autres habitants de ce petit coin de paradis sont Mina, Fon, Toffins, Yoruba, Ouatchi, Sahoué et Guen).
Aujourd’hui, la plupart des villageois sont spécialisés dans la pêche. Ils cultivent également des plantes telles que le maïs, l’arachide, le manioc et le niébé, mais surtout à des fins d’autoconsommation. La pêche occupe plus de 80% des hommes. Ils pêchent souvent de nuit, ou de grand matin. Ils repartent sur l’eau dans la journée pour vérifier les prises de leurs pièges et palangres. On aperçoit tout de même chaque après-midi quelques pêcheurs occupés à lançer et ramener leur filet de type « épervier ». Les femmes s’occupent plus particulièrement de la pêche des crabes, ainsi que de la transformation et la commercialisation des produits. La saison de production pour la crevette de lagune dure huit mois en moyenne, à partir de février, période correspondant aux basses eaux de saison sèche qui permettent à l’eau de mer de pénétrer dans les lagunes à marée haute. Les épouses des pêcheurs se font alors mareyeuses et vont notamment livrer les crevettes aux collecteurs qui approvisionnent les usines exportatrices. Depuis que le Bénin a auto-suspendu les exportations de ses produits de la pêche vers les pays de l’Union Européenne en juillet 2003 (jusqu’à l’accomplissement de certaines mesures correctives relatives à la mise en œuvre des recommandations de l’Office Alimentaire et Vétérinaire), les pêcheurs se sont fortement détournés vers le marché local et régional ; tandis que les collecteurs sont au chômage technique. Les crevettes sont vendues sous formes séchées, cuites ou fumées. La pêche est réalisée de manière artisanale. C’est une activité de cueillette, qui ne nécessite que peu d’intrants (filet, pirogue).
Le lac Ahémé semble indemne de toute pollution industrielle. Mais la densité de population autour du lac est élevée (188 habitants au km2). Les habitants exercent donc une pression sans cesse croissante sur l’écosystème, qui est déjà considérablement perturbé. La végétation qui borde le lac est partiellement détruite. Cela favorise une forte érosion, source d’envasement et d’ensablement du lac. La faible profondeur qui en résulte affecte sérieusement la vie de la faune aquatique. Les pêcheurs et consommateurs se plaignent d’une diminution de la taille des prises. Pour tenter de protéger les ressources actuelles et de restaurer la capacité de production d’antan, différents projets s’activent, tels que le PADPPA (Programme d’Appui au Développement Participatif de la Pêche Artisanale) et ADEFIH (projet d’Appui au Développement des Filières Halieutiques). Sept agents des pêches sont régulièrement présents sur le terrain pour veiller au respect de la réglementation et à la sensibilisation des pêcheurs quant aux bonnes pratiques de pêches. Ils veillent à ce que les pêcheurs privilégient la méthode du filet maillant en pleine eau, et surtout évitent de remuer la vase avec des sennes de plage. Ils encouragent également l’hygiène à tous les niveaux de capture et de collecte. Mais la population a pris l’habitude de certains systèmes de capture que l’on présente maintenant comme destructeurs : parc « acadjas », filets traînants « mandofi », barrages à nasses « xha », filets maillants à petites mailles « awlé » et « kpotokpoto »… Ils ont du mal à abandonner ces instruments traditionnels au profit des instruments recommandés dont l’utilisation leur semble difficile et peu profitable. Les menaces internes qui pèsent sur les stocks de crevettes exploitables ont été considérablement réduites ces dernières années par les actions concertées de l’Autorité Compétente, des exportateurs, des ONGs et des associations de pêcheurs. Il reste aux agents à suivre de près l’évolution de la situation, cela également dans les 7km du chenal d’approvisionnement en eau de mer de la lagune.