Récemment arrivée au Pérou, je prends mes marques: à la représentation, en tant qu’assistante en communication, tout comme dans la vie de tous les jours. Et le rythme n’est pas aussi décontracté que le veut la rumeur, lorsqu’elle s’attaque aux pays du Sud: du boulot, il y en a et l’assimilation de toutes ces abréviations, sigles, et autres termes jargonnesques relatifs à la coopération doit se faire rapidement parce que ma première mission commence à peine une semaine après mon arrivée.
Destination: Ayacucho.
Si Lima m’avait refusé tout choc culturel – comment la blâmer, les nationalités et influences internationales en ont fait un mégapole interculturelle – Ayacucho m’offre la possibilité de me
dépayser et, surtout, de tomber dans tous les pièges de la petite européenne fraîchement débarquée: mal d’altitude, douleurs d’estomac, troubles intestinaux et malaises mais aussi, ô surprise, accueil chaleureux, ambiance typique, rencontres instructives, échanges, paysages à couper le souffle et cuisine délicieuse. Je comprends à présent qu’il est impossible de parler du Pérou de manière globale: en deux semaines, j’ai rencontré deux Pérou différents, qui sait combien d’autres encore je vais rencontrer dans les mois qui viennent ?
Évidemment, tous ces « détails » ne sont que la valeur ajoutée du voyage, l’objectif principal se trouve ailleurs: puisque je me charge de communication, je dois me familiariser avec ce sur quoi je communique, pardi ! Je suis donc partie pour Ayacucho avec l’idée de connaître deux des projets CTB: le PILVFS et le CS (aaah, ces sigles).
Le PILVFS, si je traduis, ça donne: programme intégral de lutte contre la violence familiale et sexuelle. C’est un programme qui travaille dans toute la région d’Ayacucho, sensibilisant, accueillant, dirigeant et conseillant les victimes de violences familiales et sexuelles. Dans le petit village de Fajarco, comme dans les alentours, la violence familiale atteint parfois 70% de la population, ce qui donne tout son sens à l’existence d’un tel projet. Armés d’un 4×4 et après quelques bonnes heures de route, le coordinateur régional, sa collègue et moi sommes arrivés à Fajarco pour le lancement de la phase deux du PILVFS. Lancement ? Oui, lancement ! Ou plutôt, réunion avec les autorités locales, rassemblement des personnes concernées et intéressées, discours, échanges. Car le dynamisme et l’implication de tous sont indispensables pour que le projet fonctionne. Ça aura été une journée haute en couleur et de découverte d’une façon de faire différente, d’un estilo peruano. Les codes sont différents, les règles et les usages aussi: de la notion du temps à la politesse, en passant par le respect des traditions. Une pratique en particulier l’illustre très bien: la « yapita ». Dans les petits établissements, non encore affectés (ou infectés, au choix) par la mondialisation et la domination du profit sur toute autre valeur, la « yapita » est un concept unique: le client commande un jus de fruits, par exemple (à recommander, les jus de fruits frais d’Ayacucho sont exceptionnels), et reçoit, pour le même prix, le contenu du verre et un peu plus, beaucoup plus, jusqu’à deux verres de plus. Es la yapita: on en a fait un peu plus alors, vas-y, boit. Incroyable et totalement impensable pour quelqu’un qui aurait suivi des cours de gestion d’entreprise mais tellement authentique. Je crois que la « yapita » à elle seule pourrait me faire sourire toute la journée.
Quant aux CS, les centres de services, il s’agit d’une cellule d’aide à la production: la CTB contribue au développement de petits producteurs ou artisans (potiers, tisseurs, producteurs de produits laitiers,…) en essayant d’organiser la chaîne de production de la toute première étape à la toute dernière: la commercialisation ! Par ailleurs, les centres de services bénéficient depuis deux ans de la présence d’un assistant junior qui se consacre à la communication et au marketing ; il a donc réa
lisé pendant deux ans un travail assez proche de celui que je commence à découvrir et cela a été plus que productif de pouvoir constater ses résultats, profiter de son expérience avant que notre chère patrie le rappelle à elle et, évidemment, faire l’impasse sur la propriété intellectuelle et lui chiper ses idées ! Dont il ne manque pas, d’ailleurs: entre la labélisation de produits laitiers, la production de publications et l’organisation de foires et événements, et j’en passe sans doute, on peut dire qu’il n’a pas chômé.
Après trois jours d’accompagnement intensifs, la tête bien remplie de tout ce que j’ai vu, entendu, ressenti, je n’ai plus qu’une seule envie: commencer le travail ! Ánimo!