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La socializacion del PGIB |
Pour mon premier article, je voulais partager un travail qui me tient particulièrement à cœur : le PGIB de la TCO Yuqui-CIRI.
Hum… je me rends compte en écrivant que ça risque de pas vous évoquer grand-chose ! Je m’explique un peu : le PGIB c’est le Plan de Gestion Intégral de la Forêt et la TCO Yuqui-CIRI se sont les territoires indigènes des peuples amazoniens Yuquis et Yuracaré, Trinitarios – Moxenos (regroupés dans le CIRI, Conseil Indigène de Rio Ichilo).
Pour mettre un peu les choses dans son contexte, le projet dans lequel je travaille s’appelle « gestion durable et intégrale des ressources forestières dans le Tropique de Cochabamba ». Nous travaillons dans le Chaparé, région clé en Bolivie, tant politiquement qu’écologiquement. C’est une région au début du bassin amazonien très fortement déboisée. Depuis les années 80 sont venu s’installer énormément de colons venus de l’altiplano, chassé par la misère, la fermeture des mines et attiré par les terres fertiles rendues extrêmement rentables grâce à la culture de la coca. L’installation des colons en grand nombre ne s’est pas fait sans bouleversements pour les peuples indigènes vivant dans la région, principalement les Yuquis, peuples de chasseurs-cueilleurs nomades contactés seulement à la fin des années 60.
Dans les années 90, suite à de grandes marches spectaculaires pour revendiquer leurs droits, certains peuples indigènes ont pu réussir à faire reconnaitre leur territoire, les TCO : Territoires Communautaires d’Origine. Ce statut leur permet de pouvoir gérer leur territoire comme ils l’entendent, en communauté, selon leurs propres lois.
En 2 mots : la situation du Tropique de Cochabamba
Puisque mieux vaut un dessin qu’un grand discours…
Tout d’abord, désolé s’il manque un petit bout d’image satellite ! Comme vous voyez sur la carte, le BUM (Bosque de Uso Multiple) est une zone très largement colonisée. Terre quasi vierge à la fin des années 70, le taux de déforestation s’élève aujourd’hui à plus de 60% selon les dernières estimations ! Ce qui veut dire qu’il n’y a virtuellement plus de forêt primaire dans le BUM, à part quelques taches isolées.
Comme vous pouvez l’imaginer aussi, la pression pour les terres est énorme, comme vous pouvez le voir avec les zones colonisées à l’intérieur des parcs naturels (zones hachurées). Ce combat pour les terres est aujourd’hui au centre du débat (ou combat) politique en Bolivie : le gouvernement désire réaliser une route à travers le TIPNIS, appuyé par les colons du Tropique de Cochabamba. Les indigènes du TIPNIS s’y opposent farouchement… C’est un sujet immense, passionnant, qui ne laisse personne indifférent, sujet d’un prochain article.
Pourquoi un PGIB ?
Le PGIB est un outil indispensable de gestion de la forêt. Il permet d’assurer une exploitation durable de la forêt, en permettant sa régénération. L’idée du plan de gestion est très simple : ont fait l’inventaire de la zone d’exploitation, on divise cette zone en au moins 20 parcelles et chaque année ont exploite une de ces parcelles en prenant soin de laisser les arbres trop petits et un certain pourcentage d’arbres vigoureux comme sources de semences. Ce qui permettra à la parcelle de se régénérer et, 20 ans plus tard, d’y revenir. Bon il est clair que ça n’est pas de la conservation forestière, le but est son exploitation durable, il ne faut pas s’y tromper.
Ce plan de gestion est d’une grande importance pour les populations indigènes : la vente de bois est leur principale source de revenus et ce plan de gestion leur permet de vendre du bois légal, gérer sur le long terme.
Premier pas, signer une convention
Et pas des moindres ! Le projet forestal s’était engagé à réaliser un plan de gestion de bois (PGMF-Plan general de gestion forestiere), qui se focalise exclusivement sur le bois et seulement pour les zones purement forestières (55.000 ha des 115.000 ha de la TCO). Hors, les organisations indigènes ont une vision plus large, ils veulent un PGIB (Plan de gestion Integral du bois) de la totalité de la TCO, collant beaucoup mieux aux réalités et à l’usage de la forêt. En effet, le PGIB n’est pas exclusivement focalisé sur l’exploitation du bois, mais aussi sur des produits non ligneux (tels des fruits, des produits pharmaceutiques, le tourisme, la faune…). Ces plans de gestions ayant une durée de minimum 10 ans, l’enjeu est de taille !
Le problème (et la force) de la coopération est que l’argent vient « avec nom et prénom », c’est-à-dire qu’il ne peut être utilisé que à ce qu’il avait été destiné. Et tant pis si il y a eu des erreurs d’appréciations lors de l’écriture du projet ! Des semaines de réunions avec les autorités de la TCO pour signer une convention : Le projet mettra bien l’argent qu’il avait destiné à la TCO et la TCO mettra le reste, plus de la moitié, pour l’élaboration de ce plan de gestion intégral.
Deuxième pas, la socializacion : informer les populations.

Départ au petit matin de Puerto Villarroel, le port le plus en amont du Rio Ichilo. Les rivières et fleuves sont les uniques accès à l’intérieur du territoire.
Une fois l’accord signé, commence l’organisation du gros du travail : l’inventaire forestier. Le projet s’occupe de la moitié de la TCO, avec 4 équipes durant 25 jours de terrain. Le travail est long et pénible car c’est un peu faire du hors-piste en Amazonie… Tout ça commence donc dans chaque communauté, ou il faut expliquer en quoi consiste le travail que l’on va faire, comment et quand, que les communautés s’organise pour fournir de la main d’œuvre (guide, reconnaissance des espèces forestières, macheteros, cuisiniers, …). Et surtout, s’assurer de leur participation active, seul garant du bon déroulement et de l’utilité de ce travail.
Le programme ce sont 3 missions : la première de 4 jours dans les communautés les plus isolées (Tres Bocas, Puerto las flores, Santa Isabel, Capernaum, Nueva Union, Tres Islas). Les 3 autres communautés (La Soltera, Urupa et la communauté Yuqui Bia recuate) étant plus accessibles, se seront visitées en 2 misions de 1 jour.
Le premier jour, on descend le fleuve jusqu’aux communautés les plus éloignées en s’arrêtant chaque fois pour prévenir les gens et organiser la réunion de la communauté pour les jours suivants.
Après de longues heures de bateau et la pluie, arrivée dans la communauté la plus éloignée en fin d’apres-midi : Puerto las Flores.
Dans ce travail, la participation des habitants de la TCO est primordiale. Tout d’abord, ce sont eux qui fixent et s’accordent sur les usages de leur territoire (exploitation forestière,
agriculture, tourisme,…). Ensuite, sont impliqués depuis le début dans ce travail pour 2 raisons principales: en participant au travail, ils peuvent le surveiller et en être responsabe afin d’éviter un désaccord à la fin du processus et ce sont eux qui connaissent leur territoire, leur espèces forestières ainsi, on à besoin d’eux comme guide, main d’oeuvre, reconnaissance des espèces….

Explications du PGIB dans la communauté de 3 islas, par Bladimir Soria, le spécialiste en plans de gestion forestier du projet.

Même exercice, dans la communauté de Puerto Las Flores par Diego Coca, le technicien en plans de gestion forestier
Les habitants de Puerto Las Flores et leur cacique respectif (autorité de la communauté, avec le crayon en main) nous montrant la délimitation de leurs zones agricole, présente et futures et les zones forestières qu’ils veulent dédier au tourisme.
La “socialización” dans d’autres communautés:
Mon rôle dans tout ca
En tant que spécialiste SIG au sein du projet mon travail est principalement de l’appui. C’est-à-dire la production de toutes les cartes nécessaires à planifier ce travail (via image satellites), relevé des données GPS lors de nos déplacements (Chemins, rivières, communautés,…), supervision du travail de terrain,… J’ai également participé à ces missions pour connaître l’environnement dans lequel se déroulera ce travail.
Prochain pas : Le travail de terrain
Pour le travail de terrain proprement dit, le projet se chargera de la supervision des techniciens que l’on va engager. On se divisera les 5 équipes, au moins 3 missions prévues, début le 30/07. Ces premières missions servaient également à prendre contact avec les communautés, se présenter et se connaître personnelement afin de faciliter le travail pour la suite. Suite qui arrivera bientôt !
J’aurais bien aimé montrer également les photos des autres communautés, surtout de la communauté Yuqui (très différente des autres), mais je me suis fait voler mon appareil photo… héhé… sans avoir eu la délicatesse de me laisser ma carte mémoire…
Une image pour résumer ce travail:
En premier plan :
La chicha de Yucca (boisson de manioc fermentée), qui se sert toujours en tutuma (genre de calebasse), la coca (indispensable à toute réunion), la casquette du projet (faut pas rigoler avec la com’ !), Ever (l’employé du projet faisant le lien avec la TCO) rédigeant l’acte de la réunion (dans toutes les réunions, ce qui se dit est signé par tous les participants, avalisé par les autorités de la communauté).
En second plan:
le GPS et la carte de la TCO (ca, c’est pour mon travail !)
En fond
les ceux de la communanté et leur école (les réunions se passent toujours dans les écoles, avec toujours les mêmes carte au mur, don de l’unicef)
Faire les réunions dans les écoles a eu une conséquence bénéfique : de voir qu’ils tiennent des cartes de Bolivie et du monde , mais n’ont aucune idée de leur TCO, on profitera du travail de carto pour fournir une grande carte de la TCO à chaque communauté.
D’autres aperçus :

Mais à y regarder de plus près, tout change à l’intérieur ! votre premier dictionnaire Espagnol - Yuracaré.

Un autre projet de coopération internationale dans la TCO: un projet d’écotourisme financé par Caritas Autriche.
Quelques images du rio Ichilo:
Le Rio Ichilo est (presque) l’unique voie de transport entre le Chaparé, Cochabamba et Trinidad, la capitale de la région du Béni. Il y a donc beaucoup de trafic:

Petits bateaux de « Cuartoneros », c’est-à-dire sortant le bois illégal de la TCO, sous forme de « cuartones », grosses planches découpées sur place à la tronconneuse.


















