New:

Inaugurations à travers champs et lamas

Depuis le début du Projet Santé El Alto, dans le cadre des activités de renforcement du premier niveau d’attention, la CTB et le Gouvernement Municipal de El Alto ont construit quatre nouveaux centres de santé dans des zones éloignées et mal desservies. Dans le même but, six centres de santé, situés dans des zones stratégiques responsables pour une population de plus de 10.000 habitants, ont déjà été rénovés et agrandis, tandis qu’une douzaine d’autres sont prévus pour le 2e semestre 2010 et pour le début de 2011.

Jeudi dernier, ce sont les travaux d’agrandissement des Centres de Santé Franz Tamayo et Atipiris qui ont été inaugurés en présence et grâce à la mobilisation de la population bénéficiaire. Mais ce fût également, pour nous les assistants juniors, une découverte culturelle très sympathique et enrichissante….

Pourtant, la journée n’avait pas particulièrement bien commencé. En effet, l’inauguration de Franz Tamayo était prévue pour 9h00 du matin et celle d’Atipiris, pour 11h du matin; malheureusement, juste avant que la délégation officielle (les autorités municipales, la représentation résidente de la CTB en Bolivie et les responsables du projet) se mette en route, on nous annonce qu’un barrage s’est installé sur la route pour Franz Tamayo: les résidents du quartier manifestent pour la création d’un nouveau district, bloquant par la même occasion le trafic routier. Ceci nous a valu une petite promenade touristique un sacré détour par la pampa voisine, la poussière et la traversée audacieuse d’une rivière avec la petite Toyota Scarlet de l’architecte Jaime les 4×4 du projet. Finalement, nous arrivons sains et sauves, bien qu’un peu poussiéreux, à Franz Tamayo vers 11h. L’avantage, c’est que pour une fois, tout le monde était prêt et nous avons pu commencer tout de suite l’inauguration.

                                        

Les habitants du quartier s’étaient largement mobilisés: toute la rue était bloquée et décorée de tissus afin que nous puissions parader, après avoir reçu un joli collier de fleurs fraiches. Tous les dix mètres, des habitants nous attendaient avec des confettis (à déverser sur nos têtes dociles) et de la bière pour « challar », c’est à dire à offrir à la Pacha Mama avant de trinquer. Vient ensuite le moment des discours et des hymnes… mais également d’un très joli numéro musical que le médecin gérant du district de santé urbain, dont fait partie le centre de santé, nous avait préparé. Le morceau qu’il avait choisi d’interpréter lui-même en s’accompagnant à la guitare était une chanson du chanteur argentin Horacio Guarany contant l’histoire d’un petit garçon pauvre priant le médecin de s’occuper de sa maman malade. C’était très émouvant, surtout quand on sait que, à El Alto, trop de femmes meurent encore d’hémorragies lors de l’accouchement faute de moyen et d’accès aux services de santé.

 

Après les discours, on procède au coupé du ruban classique et au sacrifice de la bouteille de mousseux. Puis, le médecin du centre fait visiter les lieux à l’ensemble des personnes présentes : femmes, enfants, vieillards, etc. C’est là qu’on voit vraiment l’intérêt de la population et son appropriation immédiate des installations, signe incontestable d’un véritable besoin et d’une demande importante.

Il est presque 13h à la fin de la visite et il est vraiment temps de filer par la pampa, la poussière et la rivière, au deuxième centre de santé à inaugurer. Cependant, les habitants ne sont pas d’accord : ils nous ont préparé une orgie un petit en-cas auquel nous devons faire honneur (à vrai dire, on ne se fait pas trop prier, car ça sent très bon!). C’est le fameux « Apthapi » ou repas communautaire typique de la région andine. Nous nous installons donc à la table d’honneur. Plusieurs dames viennent déposer des tissus remplis de victuailles: pommes de terre, omelettes, haricots, lard, oeufs, alvins frits, etc., chaleureusement offerts par la population. D’autres sacs sont apportés également pour la communauté. A la bonne franquette (comme on dit): on mange sans couvert.

 

 

 

 Finalement, repus, nous pouvons nous rendre au Centre de Santé Apitiris, par le même chemin (le barrage n’étant toujours pas levé) après s’être débarrassé, tant bien que mal des milliers de confettis. La population d’Atipiris n’a pas prévu de cortège, mais sinon, nous recommençons le même rituel : challa, discours, mousseux et repas (ici, le menu préparé était salteña en entrée et poulet créole en plat principal)… avec le même accueil chaleureux de la population (qui nous attend tout de même depuis 11h du matin  !).

Après tout cela, la fête n’est pas finie pour les habitants du quartier, qui vont encore écouter de la musique et danser jusqu’au soir, mais nous devons malheureusement partir. C’était très émouvant de participer à ces deux inaugurations. L’enthousiasme de la population et son appropriation des activités du projet est un critère de qualité important et c’est très encourageant pour la suite du projet.

Les travaux inaugurés ont permis de doubler la superficie des deux centres, notamment grâce à la création d’un espace maternité (salles de pré-accouchement, accouchement, post-accouchement), d’un local pour le médecin résident (qui pourra assurer un service de 24h), d’une pharmacie et de l’agrandissement de la zone d’infirmerie. Le Projet Santé El Alto – CTB a également initié la procédure d’acquisition de matériel médical et du mobilier nécessaires pour un fonctionnement optimal des agrandissements de ces centres. Cet équipement sera remis dans le courant du mois de juin. Par ailleurs, comme l’a précisé Thomas dans son dernier article, en contre-partie des travaux, le Réseaux Municipal de Santé s’engage à prévoir progressivement du personnel supplémentaire pour assurer l’utilisation optimale des centres rénovés et agrandis. En tout cas, une chose est certaine, la population ne délaissera pas son centre de santé.

VN:F [1.9.3_1094]
I like this
11 people like this

Leave a Comment