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Rwanda: An Emerging African Tiger |
Cela fait déjà un bon moment que je suis arrivée au Rwanda. Le pays des mille collines mais aussi des mille contrastes…
Ce matin est le jour officiel de l’annonce de la victoire écrasante du Président Paul Kagame aux élections présidentielles. Rien d’étonnant. A mon arrivée au bureau, la réceptionniste du Ministère de l’Agriculture m’interpelle et insiste pour me remettre un magazine qu’elle distribue aux collègues. Il s’agit d’un document de 145 pages intitulé : Rwanda, An Emerging African Tiger. « A seven year government performance review », avec pour couverture la photo du Président réélu.
Ce document aux nombreuses photos illustrant les différents secteurs de développement du pays (infrastructures routières et immobilières, hôpitaux, ICT, industrie du thé et du café, l’éducation, le genre, la justice, culture, tourisme…) me laisse pensive. Est-ce que ce document correspond à l’image que je me fais du Rwanda ?
Il est vrai que je décris souvent le Rwanda comme un pays qui se développe bien et où règnent l’ordre, l’organisation et l’envie des gens de faire avancer le pays. C’est vrai qu’ici, il ne me semble pas avoir vu de sous-nutrition (de mal-nutrition certainement) comme j’ai pu l’observer auparavant dans les pays sahéliens. C’est vrai qu’ici, il y a des routes goudronnées en bon état, sur lesquelles roulent des bus corrects qui respectent les horaires
et dans lesquels chaque passager à sa place, et cette circulation est régulée par des policiers pour qui le mot « bakchich » n’existe pas. C’est vrai qu’ici on peut manger des plats locaux bons et variés: viande, fruits, légumes, lait, bière,…C’est vrai qu’ici, il n’y a pas que des très riches plutôt blancs et des très pauvres plutôt noirs, mais une population répartie en plusieurs classes sociales…C’est vrai qu’ici…
Bref, le Rwanda bouge, avance, se développe et veut s’imposer comme un modèle pour la sous région- An African Tiger. Le gouvernement s’est doté de programmes de lutte contre la pauvreté dont le fameux « Vision 2020 Umurenge Program » qui a donné leur nom à de nombreux bars, restos, boutiques, guest-houses. Pour être dans le coup, il faut donc être « Vision 2020 »…
Un des principaux objectifs du gouvernement rwandais est d’améliorer le système d’éducation « pour combattre l’ignorance et former des ressources humaines utiles pour le développement économique du pays ». Le gouvernement s’est promis d’atteindre the “Universal Primary Education » et de s’assurer que chaque enfant rwandais accomplisse ses
9 années d’éducation de base (6 primaires-3 secondaires). Le rapport mentionne un taux de scolarisation oscillant entre 80 et 90%, un taux d’enrôlement scolaire dépassant les 125% et une place dans une école pour chaque enfant rwandais voulant être scolarisé. Et pour accélérer la formation de la population et le développement économique du pays, le gouvernement met l’accent sur l’apprentissage de l’informatique avec des programmes tels que « One laptop per child » et le développement de l’ICT à travers tout le pays. D’ici 2020, tout le pays sera également couvert par le réseau de fibres optiques à haute capacité afin d’assurer le développement du secteur tertiaire et d’attirer d’avantage les investisseurs étrangers…
Le développement des secteurs secondaires et tertiaires est sans doute une des raisons de l’accroissement économique d’un pays mais il ne faut pas pour autant négliger les secteurs dits primaires. Le Rwanda reste un pays avant tout agricole où 95% de la surface agricole est exploitée. Le gouvernement tente de réformer le secteur en passant d’une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale à travers des plans de consolidation des terres et d’intensification des productions agricoles et animales, le subside des producteurs pour l’achat de semences de qualité et de fertilisant mais aussi pour la construction d’infrastructures de stockage et d’agro-processing. Le thé et le café restent les principales cultures de rente du Rwanda. Leur production est passée de 334 tonnes en 2003 à 3830 tonnes grâce à l’augmentation du nombre d’usines de transformation (23 à 183 sur la même période).
Côté santé, de beaux progrès ont également eu lieu depuis la guerre où le pays avait perdu 80% de son personnel médical. Les anciens hôpitaux, cliniques, dispensaires ont été réhabilités et de nouvelles infrastructures ont été construites grâce notamment au financement et appui technique de la Coopération Belge (pour les hôpitaux publics) afin d’augmenter la capacité d’accueil. L’accent a également été mis sur la formation de personnel médical. En 2009, 90 étudiants terminaient leur spécialisation en médecine alors que 15 ans plus tôt le pays ne formait que 5 médecins généralistes en 5 ans… Un autre progrès est l’accès à une mutuelle de santé pour tous. Avec une cotisation de 1000 RWF (1,5 EUR) par an, la mutuelle rembourse 90% du montant des soins de santé.
Bref, je pourrais encore continuer à présenter les différents sujets de développement mentionnés dans ce rapport tels que les infrastructures, la justice et consolidation de la société, la lutte anti-corruption, le genre, le tourisme etc…
Ces 145 pages seraient donc la vitrine du pays ? Je pense qu’il faut essayer de lire entre les lignes. Du progrès il y en a et rapide qui plus est. Mais où se concentre-il, dans quel domaine et qui en sont les bénéficiaires ? Comme beaucoup d’autres, ce pays n’avancerait-il pas à double vitesse ?
Derrière chaque colline s’en cache une autre…









