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L’instabilité invisible |
“Attention, suites aux attaques X et Y, il est vivement conseillé de ne pas sortir ce soir, ni de prendre la route vers XX”. Depuis près de 3 semaines, nos consignes de sécurité se suivent et se ressemblent. Depuis notre arrivée, il ya un an, nous étions déjà prévenus de la situation est instable et dangereuse. Mais rien ne se passait, la vi(ll)e était tranquille. On profitait des plages le week-end, on se permettait des foot et des tennis en soirée, qui souvent se termine en Primus ou Amstel. Un an après, en pleine campagne électorale, les tensions se révèlent au grand jour, pour qui peut les voir.
Voici un petit récapitulatif des dernières semaines politiques burundaises et ma perception en tant qu’”extérieur”.
En 2005, les accords d’Arusha avaient rétabli la paix en créant un gouvernement de transition de 5 ans. En 2010 donc, les Burundais votent donc pour les communales, les présidentielles, les législatives et les sénatoriales. Les élections communales devaient ouvrir le bal le vendredi 21 mai. Mais, nous apprenons le jeudi 20 à 21h qu’elles seront reportées, d’abord au samedi 22, puis au lundi 24…Le PNUD en charge de l’imprimerie des bulletins de votes n’en a, apparament pas imprimés assez (1). En tout cas, il est ordonné aux expatriés de rester chez eux ce jour-là . Les Burundais n’attendent aucune consigne. Ils se souviennent comment la guerre avait éclaté en 1993, et en retiennent qu’il ne faut jamais, ô grand jamais, se trouver dans la rue lors du dépouillement des votes. Et finalement? Rien! Les premières estimations n’amènent aucun trouble. Et 2 jours après, les résultats sont connus! Le parti du président (le CNDD-FDD) est annoncé grand vainqueur de ces communales! Il récolte dans à l’intérieur du pays en 70 et 80% des votes, et à Buja près de 60%. Des actions frauduleuses sont mises au grand jour:
- On comptabilise près de 10% de votes en plus que de votants.
- Dans certaines communes, des partis ont près de 150 votes…alors qu’il ne s’était pas présenté à cet endroit.
- Un homme se plaint que certains votes ont disparu: La preuve? Il a voté pour lui-même et son résultat final est de : zéro!
- Des assesseurs sont partis à leur maison avec les urnes,
- panne d’électricité généralisée dans tout le pays…justement pendant le dépouillement
- etc…etc…etc…
(Source des résultats et des exemples précités: Le quotidien Iwacu, le 30 mai 2010. Le Journal Iwacu est un quotidien d’opposition soutenu par le Ministère des Affaires Etrangères de Belgique et Reporters Sans Frontières).
Mais pourtant, la communauté internationale estime qu’en règle générale, les élections étaient “free & fair” (libres et équitables). Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU vient en personne féliciter le gouvernement, qualifiant ces élections d’”exemple pour la Région entière” (Le Renouveau, 9 juin 2010). Pour sa venue, l’opposition (42 partis quand même) demande le droit de manifester! Refus catégorique. La situation commence à se dégrader. Les grenades commencent à exploser ici et là . L’opposition annonce le boycott des présidentielles (le 28 juin), des rumeurs d’arrestations des opposants commencent. Les militants se rassemblent pour protéger leur leader de la police. Celle-ci les disperse à balles réelles, les manifestants répliquent…à balles réelles. Et tous les soirs, un, deux ou trois jets de grenades sont recensés toutes les nuits.

(source: Article du quotidien, Le Renouveau, du 23 juin 2010. Journal officiel du gouvernement)
Ces explosions ne font presque pas de victimes. Généralement, ce sont des bâtiments publics qui sont visés. Mais ces explosions alimente la paranoïa de voir les élections se terminer en conflit. Elles instillent un climat instable et tendu. Résultat, le tennis est oublié, le foot c’est que à la télé, et les films sont projetés au cinéma des draps blancs sur écran 17”.
Et nous dans tout ça? Nous, les Blancs, eh bien, on s’enferme sagemment dans la maison en attendant que ça passe. Quand ce n’est pas très loin, on entend parfois les grenades, les kalash. Et le matin au ministère on reçoit les dernières rumeurs. Mais en réalité, on ne voit rien! Chaque matin, on apprend une explosion ou une attaque ou ceci-cela de manière informelle. Le journal officiel n’en fait aucune mention et les autres quotidiens sont contradictoires. Bref, on vit dans notre cocon et on va au travail comme si de rien n’était. C’est latent et potentiellement explosif, mais c’est comme si tout se passait en secret, entre Burundais, qu’on était inexistant. Avec tout ce qu’on entend, on aurait bien un peu peur mais on ne sait pas trop de quoi.
En conclusion, nous vivons une situation post-électorale instable. Lire les journaux ou le site de la diplomatie belge nous rendrait parano sur la situation burundaise. Mais sur place, tout se passe dans l’ombre, “à l’abri” des regards indiscrets.
D’ici aux présidentielles, dormez sur vos deux oreilles, les prochaines élections sont le 28 juillet.
1. Source: http://www.burundi-info.com/spip.php/dist/spip.php?article1275&debut_articles_rubrique=120. article du 3 juin



joel said,
June 29, 2010 - 7:28 pm
Bonne chance à toi Guillaume, et à tous les autres.
Restez vigilants et espérons que les choses se calment.
Ce pays au goût de paradis connait l’enfer depuis 1965, surtout en 1965, 1969, 1972, 1988, 1991, 1993. Il faut malheureusement admettre que les crises sont récurrentes.
Heureusement pour l’instant, nous sommes loin de la purification ethnique, de la balkanisation des quartiers à Buja, des journées “villes mortes”.
On pense à vous et au peuple burundais.
Sara said,
June 30, 2010 - 1:25 pm
Quoi croire dans ce pays d’on-dits innombrables…
Les burundais sont en tout cas les maîtres des (fausses?) rumeurs.
Paranoïa ou vigilance? Je crois bien que la risque est existante…
Ruben said,
June 30, 2010 - 1:38 pm
Je viens d’arriver en Belgique pour rester pour un mois.
J’ai bien aimé ton article, Guillaume.
Les élections au Rwanda connaissent aussi quelques irrégularités jusque maintenant, mais pas à l’échelle comme chez vous, on a l’impression.
Esperons que la sagesse et le calme retournent au Burundi et qu’au Rwanda les choses puissent rester calme.
Soyez forts et prudents.