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Le développement de la filière cunicole au Mali

Le Projet d’Appui aux organisations Féminines par l’Élevage d’espèces à Cycle court (PAFEC)  mis en oeuvre par les ONG Vétérinaires Sans Frontières Belgique (VSF-B) et Initiatives Conseils Développement (ICD) a débuté il y a deux ans. Il vise à augmenter la contribution de l’élevage des volailles, des petits ruminants et des lapins dans le revenu des femmes en zones rurales. Ce type d’élevage s’inscrit dans une stratégie, mise en place par ces femmes, de création et de sécurisation de leurs revenus. Le nombre de bénéficiaires s’élève à plus de 250 femmes réparties au sein de 12 organisations féminines dans le cercle de Kati, soit dans un rayon de 50 à 75 kilomètres autour de Bamako.

Les faiblesses de la filière et les opportunités de développement

L’équipe du projet PAFEC a entrepris récemment différents travaux qui mettent en exergue les atouts et les faiblesses de la filière cunicole. La grande diversité dans les sources d’approvisionnement du principal site de consommation, le district de Bamako, représente cependant une limite. Les zones de production en sont souvent éloignées. Ainsi une majorité des lapins commercialisés provient des régions de Ségou et de Sikasso. Il y a donc un grand nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur. Le prix devient, par la même, inabordable pour beaucoup de maliens. La filière souffre également d’une méconnaissance du produit et de ses lieux d’achat par les consommateurs.
Il existe une demande en lapin qui n’est pas intégralement satisfaite au niveau du district de Bamako. De plus, le prix de la viande peut-être abordable dans les situations où le nombre d’intermédiaires est limité. Il est par exemple comparable à celui du poulet, soit en moyenne 1.500 FCFA pour un lapin d’environ 1 kilo acheté sur le marché de Bamako.
Dans ce contexte, il est légitime de s’interroger sur l’opportunité de développer l’élevage de lapins dans la zone d’intervention du projet PAFEC.

Un élevage traditionnel peu performant

Les éleveuses de lapins pratiquent un élevage traditionnel dans cette zone. La maîtrise des techniques d’élevage y est insuffisante, les bâtiments et les équipements utilisés ne sont pas adaptés. Tous les animaux, mâles et femelles reproducteurs, jeunes et lapereaux partagent le même habitat. Dans ces conditions, le phénomène de cannibalisme est fréquent. La mortalité qui en résulte peut atteindre plus de 60 % sur une portée de lapereaux. Les animaux souffrent également de la chaleur due au manque d’aération des bâtiments.
Ces différents éléments, associés à une alimentation déficiente, expliquent les faibles performances des élevages. Le nombre de sujets exploitables par portée excède rarement les 3 individus et le poids de ces derniers est inférieur à 1 kilo après plus de 3 mois d’engraissement.
Les lapins que les femmes mettent sur le marché ne peuvent, dans ces conditions, être bien valorisés. La commercialisation est ainsi limitée au village car elle ne suscite pas l’intérêt des intermédiaires commerciaux.

Les atouts de l’élevage cunicole et des femmes encadrées

Il est pourtant facile et peu coûteux de mettre en place un élevage rationnel de lapins. Les bâtiments et les équipements peuvent être réalisés en grande partie avec des matériaux locaux. L’alimentation peut valoriser des aliments non consommés par l’homme, tels que les feuilles d’arbre et l’herbe.
Le retour sur investissement peut être rapide étant donné la productivité de l’espèce. Dans de bonnes conditions d’élevage, une lapine en climat tropical peut produire jusqu’à 30 ou 40 lapereaux en moyenne par an, soit 50 à 60 kg de viande. Il faut ajouter que le revenu généré reste aux mains des femmes. Elles l’utilisent pour payer les condiments, les soins de santé et les frais de scolarité de leurs enfants. La viande de lapin peut aussi être consommée par les productrices et leurs familles, et ainsi constituer un apport en protéines non-négligeable.
Les femmes élevant le lapin dans la zone d’intervention du PAFEC résident toutes à moins de 50 km de Bamako. Le projet a d’ailleurs déjà identifié des intermédiaires commerciaux prêts à se déplacer dans les villages pour acheter la production de lapin.
Le potentiel de production des lapins, et la situation géographique avantageuse des productrices encadrées par le PAFEC sont des atouts indéniables pour développer cet élevage. Il existe ainsi une opportunité à saisir pour générer des revenus durables à travers ce type d’élevage.

La méthodologie d’intervention du projet

L’équipe du projet PAFEC a donc décidé d’intervenir pour contribuer au développement de la production et de la vente de lapins par les organisations féminines.
Le projet s’attèlera d’abord à améliorer les performances des élevages. Il s’agit dans un premier temps de renforcer les compétences des productrices en matière de techniques d’élevage. Cela passera par l’organisation de modules de formation sur les thèmes de l’alimentation, l’hygiène, la gestion du cheptel et de la reproduction.
Dans un second temps, les éleveuses seront appuyées dans la construction de bâtiments et la fabrication d’équipements adaptés à l’élevage de lapin. L’élaboration de clapiers, par exemple, facilitera la gestion de l’hygiène et de la reproduction.

Prototype de clapier mis au point par le PAFEC avec un artisan local

Le projet introduira, dans un troisième temps, des races performantes. Cela permettra d’obtenir des animaux qui prennent du poids plus rapidement et valorisent donc mieux leur alimentation. Dans un dernier temps, un plan de prophylaxie sera élaboré pour faire face à l’apparition de maladies. Sur ces différents points, le projet travaillera en étroite collaboration avec l’Institut Polytechnique Rural de formation et de Recherche Appliquée (IPR-IFRA) qui intervient dans le domaine depuis de nombreuses années dans d’autres zones de production.
L’ensemble de ce travail permettra aux femmes de produire des lapins plus conformes à la demande du marché, du point de vue de la qualité mais aussi des quantités exigées.

Le projet appuiera par la suite la mise en place d’un système de commercialisation rémunérateur durable. Pour cela, les organisations de productrices seront sensibilisées aux avantages de la commercialisation en commun. Une chargée de la commercialisation sera nommée par les femmes et formée par le projet. Les organisations de productrices seront ensuite mises en contact avec les intermédiaires commerciaux identifiés par le PAFEC. La négociation d’un accord entre producteurs et acheteurs sera ainsi encouragée. A terme, les organisations devront être capables d’organiser seules des campagnes de commercialisation de lapins.
Ces interventions faciliteront l’écoulement de la production et la négociation de prix rémunérateurs pour les femmes.

Il s’avère indispensable à moyen terme d’éviter une saturation du marché et de limiter la concurrence entre producteurs des différentes régions. Pour faire face à ce risque, des actions de promotion de la viande de lapin sont prévues.
Il s’agira de faire connaître la viande de lapin et ses modes de préparation aux bamakois. Pour cela, les centres de formation culinaire et les établissements de restauration qui ne proposent jamais de viande de lapin dans leur menu ou leur carte seront démarchés. Les structures intéressées pourront être mises en relation avec les intermédiaires commerciaux pour s’approvisionner en lapin.
Le projet a aussi prévu de sensibiliser le grand public sur la consommation de la viande de lapin. Des démarches auprès des différents médias maliens seront entamées. La viande de lapin pourra ainsi apparaître d’avantage dans les publicités et les émissions culinaires.
Ces différentes actions devraient permettre d’augmenter sensiblement la consommation de lapin dans le district de Bamako.

Parallèlement à la mise en place de l’ensemble de ces activités, le suivi et l’analyse de la rentabilité économique des élevages seront réalisés. Les effets du projet seront donc observables et certaines activités pourront être modifiées si cela s’avère nécessaire.

Les effets attendus du projet

Les activités du PAFEC devrait entrainer l’augmentation du revenu des femmes encadrées. La diversification de leurs sources de revenu les rendra moins vulnérables. La création d’une nouvelle activité d’élevage au sein des organisations féminines renforcera sans aucun doute la dynamique de ces dernières. Nous pouvons aussi envisager un effet d’entrainement et que d’autres productrices commencent à pratiquer l’élevage du lapin. Les intermédiaires commerciaux et les établissements de restauration pourront voir leur activité se développer. Indirectement, l’augmentation de la consommation de viande de lapin sera bénéfique du point de vue de la santé des consommateurs. Cela peut-être le cas au niveau des villages avec l’autoconsommation, mais aussi dans le district de Bamako.
Nous pouvons donc envisager sérieusement que l’action de Vétérinaires Sans Frontières Belgique (VSF-B) et Initiatives Conseils Développement (ICD) aura un impact socioéconomique non négligeable sur les différents acteurs de la filière cunicole au Mali.

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4 Comments »

  1. boiguille abdallah said,

    September 18, 2010 - 2:54 pm

    bonjour je suis malien et j habite a kalaban coura bko je suis tres interesse par votre projet et j aimerais en faire partie je debute en elevage de pondeuse un appui professionnel pour ameliorer et devellopper de petit projet est tres appreciable en attendant uin prochain contact beaucoup de courage merci

  2. Mlle DIALLO Kadidia said,

    January 11, 2011 - 10:32 pm

    Bonjour Monsieur / madame
    je m appelle kadidia DIALLO, titulaire d’une maîtrise en management financier, j ai l intention de me lancer dans la cuniculture. cela fait un bon moment que je recolte des informations sur le sujet,je suis bien contente de tomber sur votre article qui m a beaucoup intéressé, j aimerais entrer en contact avec vous pour echanger sur le sujet, car je suis sûr que vous me serez d un appuis considerable.
    je dispose déjà d’un espace propice à la cuniculture à quelque km de bamako.

    Au plaisir de vous lire,
    mon e-mail: audylle_diallo@yahoo.fr
    contact: (+223) 76 27 31 39

    merci

  3. Cheickna DIANKA said,

    March 25, 2011 - 10:40 pm

    Cela a été un réel plaisir de prendre connaissance de ce projet. J’ai moi- même effectué une initiation en 2005. J’ai essayer de réunir le maximum d’informations sur ce type d’élevage.

    J’ai finalement démarrer mon activité agro-sylvo-pastoral en Juin 2010 à 70 km de Bamako, dans la commune rurale de Ouéléssébougou et la cuniculture en Septembre 2010 avec un petit effectif de 4 reproducteurs composé de 3 femelles et d’1 mâle.

    Aujourd’hui, je dispose d’un effectif de 60. L’habitat est un petit bâtiment en banco de 5 x 3,5 m. Actuellement, je démarre la construction d’un bâtiment plus adapté de 5,5 x 17,0 m qui comprendra un bloc pour les aliments et autres intrants. Je suis entrain d’encourager un jeune du village à démarrer l’activité.

    Je suis disposer à échanger avec toute personne intéressée mon expérience. Pour le moment, je n’ai pas de problème majeur. Mon seul défi, est de changer le mode d’élevage en introduisant le système de cages individualisées pour chaque reproducteur femelle et mâle. Objectif : 50 femelles et 10 mâles.

    le taux moyen actuel est de 6 lapereaux par mise bas chez les femelles à pleine maturité.

  4. Cheickna DIANKA said,

    March 25, 2011 - 10:49 pm

    J’aimerai bien essayer le type de cage en bambu. Où peut-on s’en procurer? chez qui? A quel prix?

    Cheickna Dianka
    Courriel: chdianka@yahoo.fr
    Cel: 66.73.02.88

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