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Energy Kiosks au Rwanda. Quand le business rentre en compétition avec l’aide au développement

Dans l’article précédent, écrit une semaine ou deux après mon arrivée, je présentais le concept de l’Energy Kiosk qui allait constituer une partie de mon travail ici au Rwanda. J’y écrivais notamment que la première tâche qui nous incombait serait de mener des enquêtes socio-économiques dans le district de Bugesera, où un second Energy Kiosk devrait voir le jour au cours de cette année.

Depuis lors, nous* avons non seulement menés ces enquêtes, mais également tirés quelques conclusions et tenté de pousser le projet un peu plus loin. Comme vous êtes plusieurs à m’en avoir demandé des nouvelles, voici un peu ce qu’il en est :

L’énergie : une question de priorité

Nous avons commencé par comprendre que si l’électrification rurale est l’un des gros chantiers du gouvernement rwandais, pour un grand nombre de personnes cependant il ne s’agit pas encore d’une priorité. Là où on ne peut pas parler de sécurité alimentaire, là où l’accès aux soins de santé n’est pas encore évident et où les frais scolaires pèsent lourd dans le budget du ménage… Payer plus que le prix des deux bougies quotidiennes ou du pétrole lampant est difficile à concevoir. Or, une connexion au réseau électrique, là où il est présent, coûte à l’abonné 100 dollars… Un luxe impayable pour la grande majorité.

Dans ce contexte, le projet de l’Energy Kiosk, comme projet dit de « pré-électrification », prend tout son sens. Car le prix demandé pour chaque recharge de batterie se veut identique au coût dépensé aujourd’hui en moyenne par chaque ménage pour s’éclairer.

Très bien, sauf que jusque là, à ce prix là, le projet n’est pas rentable.

Comme moi, vous vous demanderez peut-être : « pourquoi le projet se devrait-il d’être rentable ? » C’est vrai, est-ce que la vocation de la coopération au développement est d’être rentable ? Pourquoi ne construirait-on pas des Energy Kiosks un peu partout comme on construit des centres de santé ou des écoles !?

  1. Et bien peut-être parce que le service de proximité offert par l’Energy Kiosk, contrairement à une école ou un centre de santé, justement, n’est pas digne de s’appeler « projet de développement ». Un apport en lumière de très bonne qualité, non nocive pour la santé (sans fumées toxiques) et en électricité (exclusivement pour écouter la radio et recharger le GSM) ne fait, en soi, qu’apporter un petit peu plus de confort…
  2. L’œuf et la poule : est-ce l’électricité qui permet le développement ? Ou le développement qui engendre une demande en électricité ? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit, le concept de l’Energy Kiosk tel qu’il existe aujourd’hui ne permet pas de brancher des appareils susceptibles d’apporter un développement économique local (Ex. frigo dans une petite épicerie, sèche-cheveux et casque chez le coiffeur, moulin, poste à souder, outils de menuiserie, outils de transformation des matériaux en général…).
  3. Le coût de l’installation photovoltaïque reste très important… Et s’il se justifie aisément dans le cas de l’électrification de centres de santé ou d’écoles, il l’est moins lorsqu’il s’agit de n’apporter « que » du confort à la population. Le fait que le coût soit réparti entre 3 acteurs (les autorités locales, E.quinox et, pour les Energy Kiosks à venir, la CTB) rend aujourd’hui l’investissement supportable. Mais le prix au Watt produit reste fort couteux.

Voila quelques pistes de réponse à la question posée, avec lesquelles on sera d’accord ou non… Mais votre avis m’intéresse !

Il n’en reste pas moins que la demande par rapport au service offert est vraiment là, et répond à un besoin de la population. La liste d’attente qui existe à Minazi (site du premier Energy Kiosk) en témoigne, de même que l’enthousiasme que l’on rencontre systématiquement sur le terrain et auprès des autorités locales.

L’idée actuelle est donc de parvenir à un modèle rentable, qui allierait un partenaire public (autorité locale) à un partenaire privé, et qui pourrait être reproduit ailleurs dans le pays. Un projet « clé sur porte » qui serait porté par des rwandais pour des rwandais, par des acteurs par définition plus permanents que ceux qui agissent dans le cadre de la coopération.

On peut dire ce qu’on veut, un projet qui répondrait à des besoins réels, ceux d’une majorité, et qui serait capable de s’autosupporter sur le long terme… Serait une belle réussite. Voila pourquoi nous cherchons à aller dans ce sens

Mais pour cela, il y a encore du chemin à parcourir. Et plusieurs pistes de réflexion pour l’amélioration du projet :

  1. Comprendre pourquoi, alors que le business plan prévoyait un retour des batteries toutes les deux semaines, les clients ne viennent en moyenne que toutes les 5 semaines. Parce que la capacité des batteries a été sous-estimée ? Parce qu’ils ne viennent que quand ils ont récolté assez d’argent pour payer la recharge ? Des enquêtes menées actuellement auprès des utilisateurs par les étudiants du KIST devraient permettre d’y voir plus clair.
  2. Diminuer les couts d’investissement de l’Energy Kiosk : Grâce à des batteries moins chères à la fabrication, et là ce sont les étudiants d’E.quinox qui y travaillent… En revoyant à la baisse le nombre de panneaux Photovoltaïques à installer…
  3. Rendre le projet plus juste en termes de genre : si l’éclairage est utile à tous à la maison, nous avons constaté (notamment lors des animations que nous avons organisées dans le cadre de la journée de la femme) que l’utilisation du GSM et de la radio était perçue essentiellement comme une activité masculine. Il ne s’agit pas là d’un a priori, mais bien du discours que nous avons entendu de la bouche d’hommes et de femmes eux-mêmes. L’idée qui nous est venue, pour répondre à ce constat, est de tenter de faire de l’Energy Kiosk un endroit où un certain nombre d’autres produits performants d’un point de vue énergétique seraient disponible : un « single selling point of energy products » comme d’aucuns l’appellerait. On y trouverait des « foyers améliorés » par exemple. Qui permettent de limiter très fortement la quantité de bois brûlée en faisant la cuisine.
  4. Un Energy Kiosk raccordé au réseau électrique, plutôt que solaire, va également voir le jour en 2010. Une possibilité de réduire les couts d’investissement, d’abord, et ensuite les inégalités entre ceux qui peuvent se permettre une connexion au réseau, et les autres. On est aussi en train d’imaginer un système de paiement pour les recharges qui serait une sorte d’épargne en vue d’une connexion au réseau. Via un système d’ « épargne rotative »**.
  5. Continuer à réfléchir sur le business plan des Energy Kiosks à venir. Par exemple : puisque le produit proposé est de meilleure qualité, pourquoi ne le vendrait-on pas à un prix un peu supérieur ? L’énergie solaire coute cher, et la qualité a aussi un prix. Mais le risque est alors de ne plus toucher que l’ « élite rurale »… Les questions que soulèvent le business plan son importante et doivent être abordées avec un maximum d’acteurs de ce projet. Les bénéficiaires, les autorités locales, e.quinox London, e.quinox Rwanda, …

On ne manquera pas de mettre tout le monde autour de la table ! Et vous êtes aussi les bienvenus !


* Nous : Klara Claessens (collègue belge ici), Claire Musabwamana (collègue rwandaise) et Charles Pepinster (collègue belge sur le départ, hélas…)


**Un système qui existe déjà au Rwanda, basé sur le principe du contrôle social. En quelques mots : Un groupe de personnes se rassemble, cotise de manière régulière un montant bien précis qui est accordé tour à tour à l’une des personnes du groupe.

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5 Comments »

  1. joel said,

    June 1, 2010 - 12:11 pm

    Excellent article Anne Sophie.
    L’eau: c’est la vie ; l’énergie: c’est l’amélioration de la vie!
    J’aime cette idée du PPP : partenariat public privé! Mais quoi qu’il en soit, le coût de l’énergie restera une problématique difficile à contrer! Un problème complexe n’est-ce pas? tu le mentionnes bien dans ton article. Mais le “jeu en vaut la chandelle”, continuez toutes les réflexions en cours.

    J’ai une autre question: pourquoi concentres-tu tes enquêtes socio-économiques dans le Bugesera? Est-ce le district le moins alimenté en energie?

    Bonne chance et continuation, à bientôt j’espère
    joel

  2. Gérard Goeders said,

    August 3, 2010 - 11:07 am

    Bonjour
    Je viens de voir ce second article, très bien rédigé… et surtout tres interessant
    N hésitez pas à nous contacter pour nous donner des idées je suis en train de rediger le projet
    pour rappel il s agit d un projet d installation solaire autonome pres de gisenyi par ENERSOL

    http://www.enersol.be

    gerard.goeders@enersol.be

  3. Jhoucas said,

    October 7, 2010 - 6:36 pm

    Bonjour! j’apprecie l’article.
    Tel que je vous ai signale au premier article, il serait mieux de considerait aussi l’experience du KISQUE SOLAIRE de GISWATI/GISENYI precisement a ARUSHA.
    Le projet n’est pas capable de payer le charge de maintenance voyant le prix de recharge , la frequence de recharge ansi que le nombre de personnes qui reste avec leurs batteries-nombre sont les batteries vendues ou abimees.
    Contact: jhoucas@yahoo.com , 0788674520

  4. Jean-Pierre de Bruxelles said,

    October 19, 2010 - 3:48 pm

    Waoooh !

    Très bon projet , Etant moi même Belge d’origine Rwandaise , je connais assez bien ce problème d’énergie au rwanda surtout l’éclairage à la maison. Les gens sont obligé d’utiliser les lampes à mazout dont les fumées dégagées peuvent être cancergène. Je faisais mes devoirs sur ce genre de lampe ! Ce problème m’a tellement touché que ça a enfluencé mes études et finalement mon métier ; je travaille en effet pr la société gestionnaire de réseaux ELEC. & Gaz Dans les 19 Communes de Bruxelles. Je serais prêt à partager quelques connaissances que j’ai acquis dans la matière si besoin était pour éclairer les nuits des rwandais !

    N’hesitez pas à me contacter si besoin !

    Courage !

    JP.
    GSM 0485208752

  5. Antoine said,

    July 9, 2011 - 2:47 pm

    Super ! excellente initiative !

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