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Une matinée au grand marché de Dantokpa à Cotonou…

Ce marché est, paraît-il, le plus grand de toute l’Afrique de l’ouest…

Première étape, parvenir saine et sauve à l’une des entrées du marché. Deuxième étape slalomer à travers les clients, les motos et les voitures, en évitant les trous logés par ci et là dans la chaussée, afin de parvenir au garde vélo. Déjà plusieurs centaines de motos sont alignées sous un hangar en tôle ondulée. A l’entrée, je coupe le moteur, descends de la moto et la pousse vers l’un des gardes qui me tend un petit carré de papier. L’un est pour moi, l’autre est à insérer sous le siège de la moto. A la sortie, les numéros inscrits sur les deux papiers doivent correspondre, sinon c’est l’embrouille et on est bon pour produire les pièces de la moto (dont une copie est généralement sous le siège de ladite moto…) Ensuite le garde, note ces chiffres, à la craie blanche, sur le siège de la moto.

A présent, je peux flâner, aux travers des allées couvertes ou non, sans me soucier du sort réservé à ma moto.

Le marché est quadrillé par spécialités : le prêt-à-porter (tissus, chaussures, droguerie), les fruits et légumes, les poissons et crustacés, les boissons, les épiceries…

Au milieu du brouhaha des échoppes en tout genre, mon ouïe note un cri récurrent « ago », « ago »…celui-ci ne me quittera plus jusqu’à la sortie du marché. Ensuite, c’est mon odorat qui est titillé, je suis au bord de la berge, des rafiots vont et viennent, débarquent des poissons ; petits ou grands, fumés ou non, parfois même vivants…Autour de moi, se trouve exclusivement des femmes. Les poissonnières sont accroupies et entourées de petits paniers en rotins contenant bars, barracudas, carpes, akpavi, houèvi hi hi, sardines…mes pieds s’enfoncent dans une espèce de mélasse couleur charbon…et elles m’invectivent gentiment mais fermement « Yovo regarde mes poissons ».. Quel tintamarre !!Je me sentais presque comme un de ces poissons pris, coincés dans un filet étroit, prêt à émerger de la mer…Quand soudain, un bruit familier me ramène à la réalité. J’entends à nouveau ce cri… « ago, ago ». Avec mon sachet de 5 poissons, écaillés et évidés, en main, je quitte le clan des vertébrés aquatiques. Sur le chemin, j’aperçois des énormes sacs littéralement ambulants ! Le soleil me tape sur la tête et j’hallucine ou quoi ! Pas du tout ! Ce sont les fameux pousse-pousse.

Au 21ième siècle, ces engins, d’une autre époque, résistent au temps et à la modernité. Ce sont des charrettes à deux roues ont pour tout moteur la force musculaire d’une paire de bras et de jambes, parfois somme toute, assez frêles. Tous les jours, j’imagine que des tonnes de marchandises sont ainsi transportées sur des kilomètres.

Les traîneurs de pousse-pousse se comptent par milliers à Cotonou. Un grand nombre d’entre eux sont concentrés au marché de Danktopa. Il existe même une association regroupant ces pousse-pousse. C’est un travail extrêmement pénible. Quand je pense que je me plaignais déjà des conditions de circulation confortablement assise sur la moto ! Je n’ose imaginer la quantité d’énergie consommée pour déplacer toutes ces marchandises d’un point A à un point B, dans cette chaleur accablante et étouffante. Ces traîneurs se meuvent entre les quidams sans créer la moindre indignation parmi ceux-ci. Je me demande même comment ces pousse-pousse trouvent encore la force d’émettre le fameux cri d’alerte à leur passage. Là, je réalise, qu’il est primordial pour eux de ne pas s’arrêter, une fois portés par leur lancée. Tout arrêt serait quasi-fatal, sollicitant une débauche d’énergie sans pareille pour redémarrer.

Pour être pousse-pousse pas besoin de diplôme, de formation ni même de formalités à remplir mais un seul cri à maîtriser « ago : céder le passage ! ».

Mais tout de même ! Quel âge ont-ils ? D’où viennent-ils ? Combien gagent-ils ? 1000, 1500 FCFA par jour ? Soudain une gêne m’envahit…quelques instants auparavant, je pestais contre un engorgement, un bouchon en plein marché…un pousse-pousse bloquait la circulation….

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4 Comments »

  1. joel said,

    March 24, 2010 - 9:22 am

    Salut la Yovo, comment tu vas Daphné?
    Excellent témoignage, c’est exactement ça DankTopa!
    Effectivement c’est le + grand marché d’Afrique de l’Ouest.
    Un vrai labyrinthe tentaculaire inextricable. :-)

    à bientot,
    joel

  2. Aminata Boreux said,

    March 25, 2010 - 1:21 pm

    Super ton article: on s’y voit, on sent les odeurs et on entend les… enfin LE cri: AGO!

  3. nico said,

    March 30, 2010 - 3:46 pm

    Bigre!!!! c’est vrai qu’on s’y croit déjà… ou bien???

  4. Aurélie Dierge said,

    April 1, 2010 - 4:57 pm

    Je m’y baladais encore hier. Tu as su décrire avec exactitude l’impression que l’on ressent lorsqu’on y est.

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