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Jeudi 18 février à Niamey … une journée pas comme les autres |
Salut à tous,
Jeudi 18 février 2010: voilà 1 mois, jour pour jour, que je suis arrivé à Niamey !
Et croyez-moi ; cette journée là, restera dans les mémoires des Nigériens à vie.
J’avais préparé plusieurs sujets pour le blog coopération, mais les derniers bouleversements de l’actualité politique au Niger ont été décisifs: « la journée du jeudi 18 février 2010 » sera le sujet abordé!
Il ne s’agit que d’un témoignage : vous n’y trouverez que des faits et des ressentis. Aucune polémique ou insinuation politique.
Ce jeudi 18 février, a été un jour important pour le Niger !
La journée commence normalement, par les échanges de salutations matinales :
« Salam Alaykoum Monsieur Joël »,
« Alaykoum Salam, Ganda, comment ca va?»
« ça va bien Monsieur Joël, et la fatigue ? et la famille ? et le travail ?»
« merci tout va bien et chez toi ? »
« tout va bien, Alhamdoulilah, dieu nous protège»
« Et la politique ? quoi de neuf ? la réunion de la CEDEAO a abouti ? »
« Walay, rien n’avance, la CDAO va reprendre ses sanctions contre le Niger, c’est la crise Monsieur Joël, c’est la crise !»
C’est vrai que je l’entends tous les jours que c’est la crise politique. Tout le monde en parle quotidiennement. C’est le blocage, c’est l’ « ensablement », les 2 parties (pouvoir en place et opposition) campent sur leurs positions, les négociations s’enlisent malgré la venue d’émissaires ou de négociateurs. Le dernier en date, le Président du Sénégal lui-même, Son Excellence Abdoulaye WADE. Malheureusement sa tentative de réconciliation et d’entente a également échoué.
Mais laissons la politique aux politiciens, et retournons à nos bureaux ! Nous voilà déjà tous plongés dans l’ambiance de travail: tous à nos tâches, on court comme d’habitude, après les délais, les consignes, les réunions, … La matinée passe très rapidement, comme souvent d’ailleurs ;…
Quand tout d’un coup, vers midi, on entend un bruit saccadé très violent, une déchirure sonore : « TRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR ». Là je vois tout le monde en train de “rigoler”, l’air interrogatif : « mais qu’est-ce que c’est ?…. ce sont des armes non ?… ah les militaires s’entraînent dans le camp à côté, c’est ça ?….
« TRRRRRRRRRRR » et les tirs redoublent d’intensité, à intervalles irréguliers : là je regarde autour de moi, les visages sont tendus, crispés, personne n’ose dire, à cet instant,ce qu’il pense .
Mais cela ressemble bel et bien à une tentative de coup d’état !
Quelqu’un crie : « ça vient de la présidence, on attaque la présidence !!!!!!! »
En effet, aujourd’hui est une journée de conclave ministériel à la présidence.
Et là les échanges de tirs se sont encore accrus, les tirs à la mitrailleuse 12.7, les kalakchnikovs, des obus, ….
Un des gardiens dit avoir vu les chars de l’armée se diriger vers le centre ville,
Les coups partent, il y’a vraiment du grabuge dans le quartier de la présidence, on entend les coups de canons, ça secoue ! Et puis soudain, plus rien….
C’est alors que tout le monde commence la course à l’information : que se passe-t-il ? Qui attaque qui ? … Nous remarquons alors que certaines radios et compagnies téléphoniques ont été coupées? Est-ce le fruit du hasard ? Mes collègues se ruent sur leurs téléphones pour avoir des nouvelles de leur femme, mari, enfants à l’école, etc. D’autres appellent les amis qui sont dans le quartier de la présidence pour savoir ce qu’il se passe. La crispation se lit sur les visages, probablement sur le mien aussi ! Ca me rappelle certains souvenirs d’enfance en Afrique Centrale, mais le scénario est différent ici. Que faut-il faire ? Attendre…
Cette attente paraît longue. Certains collègues étaient déjà partis rejoindre les leurs et s’abriter chez eux. Moi je reste au bureau avec plusieurs collègues et le Représentant Résident de la CTB.
La radio RFI est la première source d’information « officielle » que nous entendons : « Echanges de tirs à Niamey, tentative de coups d’Etat, les rues dans le centre ville sont désertes, nous n’en savons pas plus pour l’instant ! »RFI nous répétera cette phrase toutes les 30min pendant 3 heures !
Que faire ? On sent l’inquiétude et la tension monter, les personnes sont inquiètes, y compris moi !
Je décide de donner des nouvelles par internet à mes proches, mais aussi au siège de la CTB à Bruxelles.
Il faut rassurer les gens avant même qu’ils puissent être inquiets en entendant les nouvelles (est-ce réellement faisable ? essayons !)
Le représentant Résident me fait confiance et me laisse gérer les contacts avec le siège à Bruxelles pour les tenir informé de l’évolution de la situation.
Nous sommes désormais en contacts avec les ambassades, les premières consignes de sécurité tombent et nous appelons tous les collègues éparpillés dans la capitale pour savoir s’ils sont en sécurité, à l’abri avec leur famille.
Après plusieurs coups de téléphones, nous sommes rassurés : tout le monde est sain et sauf, chez soi.
On apprend aussi que le vol Air France, en Provenance de Paris Roissy CDG à destination de Niamey, a été « dérouté» pour raisons de sécurité, il atterrira finalement à Ouagadougou, Burkina Faso.
Les choses sont très sérieuses, d’autant plus que les tirs reprennent, il s’agit de tirs sporadiques. Personne ne comprend, personne ne sait où cela en est ! Les radios ne communiquent rien « silence radio » c’est le cas de le dire ! Les rumeurs courent, le doute s’installe : coup d’Etat raté, coup d’Etat réussi, …
Puis soudain, les nouvelles arrivent des ambassades et consulats : « on aurait arrêté le Président », Son Excellence Mamadou Tandja. Les ministres seraient quant à eux détenus dans le palais présidentiel, encerclés par les insurgés.
Pouvons-nous prendre cette nouvelle au sérieux ? Certains sites internet affirment cela, mais sont-ils fiables, il s’agit plus de commentaires d’individus…
Je reprends mon rôle de « communicateur de crise » (sans prétention aucune) pour informer le siège de la CTB, fournir la liste des noms des collaborateurs, confirmer leur lieux de résidences et leurs numéros de téléphones, les consignes édictées sur place, …
Tout se passe bien à ce niveau là, mais je commence à m’impatienter : où en est-on?
Le temps passe, il est 16h45 et là le Représentant Résident me dit : « Joël, on va partir en convoi pour rejoindre notre quartier, car on ne peut plus passer par la route habituelle. De plus, il y’a un grand risque qu’un couvre feu soit instauré à 18h ».
Aussitôt je m’exécute, je dis aurevoir et souhaite bonne chance à mes collègues qui partaient eux aussi. On se dit tous « à demain au boulot, inch allah ». Je n’ai jamais senti autant d’émotion et d’inquiétude dans ce mot « Inch Allah » ! J’aime mon travail, mais là, plus que jamais, je souhaitais vraiment être au travail le lendemain, cela signifierait alors que tout est rentré dans l’ordre!
J’arrive chez moi, en ayant fait un petit détour par un vendeur de crédits de téléphone mobile ! (je dois avoir du crédit sur ma carte de téléphone, car la communication sera utile dans les heures qui suivent).
Tout paraît calme dans mon quartier. Je suis seul à la maison, c’est un peu glauque. J’étais entouré toute la journée, à écouter les informations, les rumeurs, l’opinion de tous et maintenant plus rien : je n’ai pas de connexion Internet à domicile, les radios n’émettent aucune nouvelle. Là je me sens sérieusement isolé. D’autant plus que je me rappelle du cours de « gestion de Crises et sécurité » que l’on avait reçu avant le départ : mon bilan est triste, je n’ai presque plus d’essence dans la voiture, je n’ai pas de stock de nourriture (juste pour 2jours), …
Le gardien de nuit arrive, il est 18h ! On parle de l’évènement du jour, quand soudain « TRRRRRRRRRRR ». Encore des rafales de tirs, cela avait l’air proche, Mais que se passe-t-il ? on rentre dans la maison, et on attend… plus rien !
La radio RFI n’annonce toujours rien de neuf et les radios locales évitent tout commentaire.
A ce moment là, tout le monde pense que le régime est tombé, que le coup d’Etat a abouti, mais personne n’a de confirmation ! On attend, on attend et c’est pénible !
Mes parents m’ont appelé à 21h en me donnant toute une série d’informations que je n’avais pas ici : ce qu’il s’est passé, le nom des personnes qui ont dirigé les opérations, le nombre de morts dans la capitale, … Euronews et autres chaînes de TV avaient l’air bien informés. Ici : rien du tout !
Je pense au peuple nigérien, qui ne sait pas, qui a toujours des doutes, qui s’inquiètent !
Là aussi, je me rends compte que l’inégalité subsiste même dans l’accès à l’information de leur propre pays!
La radio nationale diffusera des musiques militaires jusqu’à tard dans la soirée.,
A 22h17, sera enfin communiqué une déclaration officielle disant que l’armée avait pris ses responsabilités en décidant de mettre fin à la 6ème République du Niger et à dissoudre toutes ses institutions. Et qu’elle désirait mettre en place un Etat où régneraient la démocratie et la bonne gouvernance.
Ce soir là, j’irai me coucher en me posant la question suivante : quel est désormais l’avenir du Niger? En attendant, la vie reprendra son cour, je reverrai mes collègues et les amis dès demain.
Le jeudi 18 février 2010, deviendra une date historique dans ce pays. Les élèves l’étudieront en classe et dans un coin de ma tête, je me dirai que j’étais présent ce jour là.


ashley said,
February 24, 2010 - 4:46 am
wow joël! da’s even spannend dat verhaal…
une date historique dans le niger… en gij waart erbij…
Eveline said,
February 24, 2010 - 9:16 am
Ik was toch blij om je aan de telefoon te horen Joël! Echt super dat jij zo koel bleef. Laten we hopen dat er nu positieve verandering komt..
Hannes said,
March 30, 2010 - 4:36 pm
Joel,
Comment s’est stabilisé (si c’est le cas?) la situation au Niger? Vous continuez les activités avec la CTB?
Abrazo,