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Entre sourires et résignation |
Village caché presque honteusement derrière les collines asséchées de Lima, Manchay abrite jusqu’à 120.000 personnes ce qui, pour une Belge, ne s’appelle même plus un village puisque ces habitants y sont plus nombreux que dans ma « ville » natale, Mons.
Pour me rendre à Manchay, où s’inaugure un atelier productif de couture destiné aux femmes qui souhaitent sortir de leur foyers et apprendre une activité qui peut leur être utile et leur donner une nouvelle source de revenus, j’ai la chance de pouvoir compter sur une des coordinatrices du microprojet, Marlene. Sans elle, je serais toujours en train de chercher mon chemin car personne ne sait exactement où se trouve Manchay. Malgré sa récente célébrité (le village a accueilli le tournage de « La Teta Asustada », film péruvien nominé aux Oscars), et malgré sa proximité avec la capitale, tout le monde semble ignorer qu’à moins d’une heure du centre de Lima et à une demi-heure du quartier chic de la ville, vivent des milliers de personnes qui n’ont toujours pas accès à l’eau courante. Cela fait 40 ans que le gouvernement promet de changer les choses et de faire avancer les travaux mais la population elle-même s’est résignée. Pour 50 litres d’eau en bassine, une famille paie 8 soles (2 euros), qu’ils consomment généralement en une semaine. Avec cette eau, ils se laveront, feront la cuisine, la vaisselle, nettoieront leur maison, entretiendront leurs animaux de compagnie. Quand on sait qu’un consommateur belge moyen utilise (gaspille ?) 120 litres d’eau par jour, il y a de quoi frémir en imaginant les conditions d’hygiène de ces habitants oubliés.
A toute autre échelle, j’ai pu expérimenter moi-même ce que le manque d’hygiène peut avoir comme conséquence : j’ai récemment passé trois semaines dans la jungle amazonienne, dont une semaine chez l’habitant, complètement isolée de tout et en étant obligée de suivre les mêmes règles que les locaux. Au bout de quelques jours, se sentir constamment sale, ne pas savoir comment avoir les mains propres, ne pas savoir comment accéder à l’eau potable, devoir s’alimenter, aller aux toilettes « naturellement » et être tout simplement couverte de poussière et de transpiration du matin au soir sans l’option d’une bonne douche, cela rend fou.
C’est seulement avec cette expérience que j’ai pu comprendre à quel point l’hygiène quotidienne est importante et à quel point l’eau est précieuse. On l’entend de plus en plus chaque jour ; néanmoins, je suis convaincue que l’on ne comprend jamais aussi bien un concept que quand on le vit.
Une fois défini ce contexte de manque d’hygiène constant et permanent qui règne à Manchay, on ne peut tirer que deux conclusions.
Premièrement, les microprojets qui sont entrepris (et réalisés avec succès) dans ces zones oubliées et dans les conditions décrites ci-dessus, que ce soit à quelques minutes de Lima ou à quelques dizaines d’heures, ont énormément de mérite. Ils sont menés à bien par des personnes que seule la motivation peut faire avancer. Hier, j’ai rencontré des femmes non-éduquées, ou presque, qui se battent contre leur quotidien morose et celui qui attend leurs enfants avec toute leur détermination et qui sont infiniment reconnaissantes de pouvoir avoir accès ne fut-ce qu’à des cours de couture, trois fois par semaine, pendant deux heures. On peut remettre en question l’impact réel des microprojets à long terme sur le développement d’une communauté entière mais l’impact et la valeur qu’ils ont sur les vies de ceux qui les façonnent et y participent est, pour l’avoir vécu hier, inoubliable. Leurs regards m’auront marqué pour longtemps.
Deuxièmement, si au XXIe siècle, après 40 ans d’attente pour ne citer que cet exemple et avec une population totalement résignée, la question du changement en tant que tel et de la volonté (et surtout la bonne volonté) politique est aussi flagrante que le nez au milieu du visage. Honnêtement, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Est-ce que l’on continue de se battre ? A quoi pensent ces politiques ? Ce genre de réalités nous réveille bien trop brutalement et nous permet de nous remettre en question, nous, notre travail et notre mode de vie.
Je pourrais continuer à écrire des dizaines de lignes encore sur la frustration du changement politique attendu en vain et pourtant élémentaire pour un changement global, viable et démocratique, sur les remises en question de notre lutte quotidienne pour un monde plus juste ou sur les petits bonheurs de voir quelques sourires éclairer notre journée pour avoir permis à une dizaine de femmes d’apprendre à coudre. Cependant, aujourd’hui est un bon jour et je veux me dire que tant que ces sourires existeront, les frustrations et les doutes finiront toujours pas s’évanouir et on finira toujours par reprendre le chemin de notre Représentation de la CTB, de notre projet, de notre programme ou de notre siège central à Bruxelles. Non ?



Marie Bourlet said,
February 18, 2010 - 12:02 am
Très chouette article! courage!
Eveline said,
February 18, 2010 - 10:14 am
Oui exactement! (en réponse à ton ‘non?’..)
Merci pour cet article Caroline, je te souhaite un bon travail encore, courage!
Hélène Gadisseux said,
May 12, 2010 - 10:43 am
Bonjour caroline,
Je t’écris en fait pour obtenir un renseignement. Je pars au Pérou en tant que coopérante junior début août. J’aurais donc full questions à te poser mais bon, je vais éviter de t’ennuyer avec tout ça.
Le “problème” vois-tu c’est que mon copain m’accompagne dans l’aventure et qu’il n’a pas de visa, ni d’assurance santé (ossom), etc…. Aurais-tu des conseils à nous donner pour régulariser sa situation ? ou tout autre conseil…(pour trouver du boulot en tant que bio-ingénieur, pour moi en tant que coopérante, etc…)
Un grand merci d’avance !!
Hélène