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Travailler dans le développement : petite réflexion pour commencer 2010 |
2009 est enterrée, l’an 2010 commence! Bonne santé! Et me voici de retour à La Paz/El Alto après quelques jours de congés, en Belgique, pour passer les fêtes de Noël et Nouvel An en famille et avec les amis.
On ne traverse pas l’Altantique et l’Equateur sans se poser quelques questions existentielles sur la vie et le fait de travailler dans le développement. Il y a quelques mois déjà, nous avons reçu une formation de trois semaines à la CTB pour aborder ces sujets.
Lors de cette formation, on apprend que travailler dans le développement c’est d’abord maîtriser le « Cycle de Projet », avoir une attention particulière aux « thèmes transversaux », connaître « l’approche acteurs », être familiarisé aux « procédures de passation de marché public », etc. Dans un deuxième temps, c’est passer une journée à l’Institut Tropical d’Anvers pour savoir à quels dangers malariques, syphilitiques, parasitaires, on s’expose en allant travailler dans le sud et recevoir les vaccins idoines. Enfin, c’est se préparer aux chocs culturels et s’armer d’une patience sans borne.
Afin de commencer l’année en douceur et avec humour, voici, après trois mois sur le terrain et après être rentré quelques jours en Belgique, quelques exemples de « chocs culturels » et de petits détails qui permettent de réaliser, qu’en effet, « on travaille dans le développement ».
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Travailler dans le développement, c’est un choc culturel constant. Sur le terrain, vous avez beau vous améliorer chaque jour dans la langue de Cervantes, être attentif aux codes sociau
x et culturels, et même manger aussi piquant que les vrais latinos, vous restez toujours une gringa: vous n’arrivez toujours pas à avaler les desserts à la gélatine dont raffolent les autochtones, les arbres ne sont toujours pas élagués suffisamment haut que pour ne pas se prendre une branche en pleine figure et, bon, votre niveau de vie reste (heureusement) nettement plus confortable que le niveau de vie de la population moyenne. Toutefois, attention, en rentrant dans votre pays où vous avez grandi et où vous pensez tout connaître, vous n’êtes pas non plus à l’abri d’un choc culturel. Ne vous étonnez donc pas si, à la Boulangerie Vanderbroeck, on vous regarde de travers lorsque vous vous excusez de payer votre pain avec un billet de dix euros : « Vous avez la monnaie? Ce n’est pas grave? ».
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Travailler dans le développement, ce n’est pas si facile à partager. Ce n’est pas que ça n’intéresse personne. Au contraire, de retour en Belgique, tout le monde veut connaître « toutes tes aventures » et « comment c’est là-bas ». Malheureusement, ce n’est pas évident de partager (à chacun séparémen
t) trois mois de terrain où tout est différent et où tout est fait de hauts et de bas. De plus, la tourista, les bloqueos, les transports odorants et les problèmes de connexion internet et de bureaucratie ne sont pas les thèmes attendus par les belges assoiffés d’exotisme et de soleil en plein cœur de l’hiver septentrional (mais il n’y a pas de palmiers à 4000 m!!!). Enfin, mieux vaut ne pas trop se plaindre car ce qu’on leur a laissé voir pendant trois mois, ce sont les photos de deux ou trois escapades dans des paradis tropicaux et, après tout, on a tellement voulu être là et c’est tout de même une expérience exceptionnelle.
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Travailler dans le développement, c’est un jour revenir (neuf mois, ça p
asse vite, surtout quand on vous demande incessamment ce que vous ferrez après) et se poser des questions. La plupart des amis en Belgique parlent de meubles suédois, de prêts hypothécaires, de couches-culottes, et ont un beau sapin de noël norvégien dans leur nouveau salon. Bien entendu, on vit des moments exceptionnels, on aime son travail, on mange tous les matins une mangue juteuse et on est bien heureux de ne pas avoir ces soucis et ces discutions assommantes avec son banquier, mais on se dit qu’un jour ou l’autre il faudra peut-être reprendre une vie métro-boulot-dodo… Ou bien, on regarde ses amis qui reviennent d’une mission sur le terrain, qui attendent les réponses de plusieurs agences, sans savoir s’ils se retrouveront à Tombouctou, Niamey ou Port au Prince dans quelques semaines. Ils logent chez leurs parents, touchent la moitié de l’allocation minimale de chômage (parce qu’ils vivent provisoirement chez leurs parents)… en attendant de partir pour une nouvelle aventure et d’accomplir un travail dont les infos télévisées témoignent quotidiennement du sens et de la nécessité. -
Mais
travailler dans le développement, c’est surtout découvrir des cultures et des modes de vie différents. C’est apprendre à s’adapter constamment et à rester positif en toute circonstance. C’est rencontrer des gens des quatre coins du monde. C’est avoir un job qui a du sens. C’est avoir du soleil toute l’année. C’est apprécier plus que quiconque la chance de vivre dans une démocratie et dans une pays développé. C’est réaliser quelle veine on a de pouvoir se tracasser de problèmes de luxe comme BHV plutôt que de mortalité marterno-infantile et de malnutrition. Travailler dans le développement, c’est croire encore à ses rêves d’enfants.




eveline said,
January 5, 2010 - 4:06 pm
Marie, j’ai adoré l’histoire avec le billet de 10 euros! Très reconnaissable!
Souvent il m’arrive de devoir attendre (dans la banque, un take-away, je sais pas où), assise sur un petit banc et me demander pourquoi les autres personnes qui attendent ne viennent pas s’asseoir à côté de moi.. après je me rends compte que dans leurs yeux, il n’y a pas de place!
André said,
January 7, 2010 - 9:18 am
Très bon article! j’aime beaucoup. André