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Alkama, de l’or dans les mains |
Mardi 20 Octobre dernier, le projet ALKAMA (Projet d’Appui à la Filière Blé dans la Région de Tombou
ctou) a reçu la visite du Jan Locus, photographe qui a recueilli et traduit en jeux de lumière, les trésors et secrets de la transformation du blé détenus par les femmes transformatrices de Tombouctou. Tombouctou, la porte du désert. Tombouctou la “mystérieuse”, où origines et langues se mélangent et cohabitent, et où réalité et légende ne font plus qu’un.
En termes de céréales, et plus spécifiquement de blé, le Mali, producteur historique en Afrique subsaharienne, se trouve aujourd’hui encore en situation d’insécurité alimentaire.
C’est à Tombouctou, et essentiellement dans les cercles de Diré et Goundam, qu’est pratiquée la culture du blé par de petites exploitations familiales. Cette région offre des possibilités de cultures de crue et de décrue et de culture irriguée, mais elle est confrontée aux faiblesses de certaines techniques traditionnelles de mise en valeur (entre autres: absence de mécanisation, conception artisanale des périmètres irrigués, mauvais entretien des motopompes, etc.) et souffre de l’utilisation de variétés de semences peu productives. 
En chiffres, ça donne quoi? Le rendement, limité, ne dépasse par les 3 T/ha. - En Europe les chiffres peuvent atteindre les 10 T/ha. - En conséquence, la production stagne aux alentours de 13.000 T/an alors que les besoins réels sont estimés à plus de 120.000 T/an.
Un problème de production donc ? Pas uniquement.
Au delà de la situation d’agriculture extensive de subsistance, Tombouctou est reconnue comme étant particulièrement enclavée. En effet, en provenance de Bamako, et après 1 jour et demi de route, il faut quitter le goudron à Douentza et continuer sur la piste pendant 3h. Ensuite seulement on traverse le Niger pour atteindre la “mystérieuse”. Le fleuve, lui, n’est praticable qu’une partie de l’année seulement, après la saison des pluies (3-4 mois). L’aéroport, à 7 km de la ville, est desservi plusieurs fois par semaine par deux compagnies mais les billets restent chers.
Résultat, le prix du blé est déprimé en raison du coût élevé du transport (sans oublier la concurre
nce des farines importées). Pénalisée par l’enclavement de la zone, la production du blé trouve difficilement un accès organisé au marché, les organisations de producteurs, elles-même, étant faiblement organisées. Cette production est donc en majorité transformée localement en farine et autres produits artisanaux auto-consommés. Quant aux femmes de Tombouctou, traditionnelles dépositaires des pratiques de transformation, elles ne disposent d’aucune sorte de mécanisation. Tout, du tamisage à la cuisson, en passant par le pétrissage et la confection, se fait manuellement.
Tout cela entraîne évidemment des coûts de production élevés. Les produits dérivés, très appréciés pour leurs propriétés gustatives sont d’autres part de qualité inégale et leur hygiène n’est pas contrôlée ce qui rend difficile leur commercialisation au-delà du réseau de proximité. Il est très difficile donc, pour ces femmes, de passer d’une activité artisanale de “pseudo subsistance” à une activité professionnelle qui pourrait déboucher sur du “micro-entreprenariat”.
L’objectif du Projet ALKAMA – alkama signifie “blé” en Songhaï, langue véhiculaire pour les producteurs et transformatrices – est de renforcer la production du blé et sa commercialisation. Comment ? En améliorant la viabilité de la filière blé afin de créer, d’une part, des ressources supplémentaires et, d’autre part, de la valeur ajoutée pour les familles rurales et urbaines de la région de Tombouctou. Tout comme les producteurs et les nombreuses structures d’appui et de gouvernance (Direction Régionale de l’Agriculture, Direction Régionale du Génie Rural, Direction Régionale de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Chambre Régionale d’Agriculture, etc.), les femmes transformatrices de blé sont les bénéficiaires directs du projet.
Pour célébrer les 10 ans de notre chère CTB, le projet a reçu ce mardi la visite du photographe Jan Locus, accompagné de notre SPOC national, Siyad Fayoumi. Bilan: une vingtaine de clichés, dont
une partie servira à l’exposition, et qui vont constituer également un matériel de premier choix pour la promotion du travail de ces transformatrices. Eh oui! Le marketing aussi a sa place dans le développement de la filière.
Après l’arrivée de l’équipe de choc par l’avion du matin, direction le centre historique de la cité des 333 saints.
Le cercle de Tombouctou, et principalement la ville elle-même, est reconnu com
me le site majeur de transformation et de commercialisation des produits dérivés du blé.
Au programme, trois groupes de transformatrices – Natagoumo, Nassour et Tilamidje – composés chacun d‘une vingtaine de femmes, ont accepté de nous tolèrer dans l’antre sacré de leurs fourneaux et de nous faire découvrir les étapes de leur travail séculaire.
Grands boubous colorés et discussions animées contrastent avec la blancheur et la pureté de la farine. Ici, la chaleur réputée de Tombouctou n’est pas seulement due au soleil. On touille dans les marmites de mafé, on dispose les beignets dans l’huile bouillante, on grille le gros couscous avant de le faire revenir directement dans la sauce. Pendant que certaines femmes, assises en tailleur sur des nattes, roulent la pâte entre leurs doigts pour confectionner les vermicelles, d’autres tamisent la farine pour en extraire le son et les impuretés. Au blé local, recherché pour son goût, certaines préfèrent la farine importée, plus pratique, plus facile à travailler, et qui confèrerait un meilleur aspect et une meilleure conservation aux produits.
À travers une telle journée, on réalise rapidement qu’un appui aux transformatrices est en effet primordial afin d’améliorer la productivité et rentabilité de leurs activités. Quelle sorte d’appui ? Les activités du projet sont organisées à trois niveaux : investissements, formation et appui conseil, et capitalisation d’expériences. Voilà qui devrait permettre de “professionnaliser” la transformation.
Premièrement, à
travers l’acquisition d’équipements de transformation plus “modernes” (moulins, batteuses, machines à vermicelles, fours plus économiques, etc.).
Deuxièmement à travers l’appui spécifique au développement des compétences techniques (notamment en termes de qualité), organisationnelles, commerciales et administratives de ces groupements.
Troisièmement en s’assurant de la bonne appropriation des techniques et connaissances par les groupements renforcés.
Mes prochaines tâches dans l’immédiat ?
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Évaluer de façon précise les coûts de production (charge de travail, etc.) pour analyser à quels niveaux ces coûts peuvent être diminués.
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Détailler les processus de transformation en vue de proposer des améliorations (qualité, hygiène) adaptées au contexte.
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Aider à identifier quelques produits “phares” pour une production moins “artisanale” et une commercialisation à plus large échelle.
En effet, les préparations fraiches telles que le pain plat rond traditionnel tacoula, les beignets fourmé, les gâteaux dogolloma, ou encore les boules de pains en sauce whigila et toukassou, sont à consommer aussitôt après préparation.
Le couscous (au gras, en sauce), les vermicelles katagoundé, l’alkatie, sorte de noeud au miel et l’alfitati, “chips” de blé, peuvent eux se conserver. C’est principalement sur ces derniers produits que le projet se concentrera afin de développer un commerce régional, national, voire international.
Pour croiser le sourire d’une de ces femmes, et sentir les doux fumets des préparations traditionnelles de blé vous bercer jusqu’aux dunes de Tombouctou, rendez-vous au Parc Royal à partir du 17 décembre pour l’exposition photo des 10 ans de la CTB.








Nicolas Maughan said,
November 27, 2009 - 10:59 pm
Passionnant! C’est çà qu’il faudrait que je fasse! Au lieu de faire de l’écologie derrière mon ordinateur!
A. Davoine said,
November 28, 2009 - 5:51 pm
Article intéressant, fort clair et magnifiquement illustré
Bonne chance au projet
D. Rombaut said,
December 5, 2009 - 1:02 am
Eh oui n sait ce qu’il faudrait faire, mais encore faut-il LE faire.
Ce n’est pa si simple dans ces pays instables où il faut toujours tout recommencer.
Il faut garder le courage et l’espoir même réfugié à Bamako.
Helena Imminga said,
December 13, 2009 - 3:57 pm
Salut Noemie, merci pour ton article tres clair et vivant. Felicitations!
TOURE said,
May 24, 2010 - 1:19 pm
Originaire nordiste, je me vois tellement content avec tel genre de projets qui sauvera un jour le Grand Nord. J’encourage vraiment les initiateurs, puisque avec le développement de ALKAMA au Nord, d’abord c’est le Mali qui gagne et cela empêche la crise de la farine , et baisse le prix du pain et autres …..Merci du courage ……Excellente initiation et bonne chance!!!!!!!!! Like.