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Réginald Moreels: Interview d’un père fondateur

 

  • Profil de Réginald MOREELS

 

Pays d’affectation : Burundi

Fonction actuelle : Délégué à la Cogestion du projet « Appui Institutionnel au Ministère de la Santé Publique au Burundi (APIMS) ».

Description du projet APIMS : Dans le souci d’une meilleure organisation de l’information et gestion de la documentation, le Ministère de la Santé Publique s’est lancé, en partenariat avec la CTB, dans la création d’une mémoire institutionnelle (système d’archivage, centre de documentation et base de données). Le projet s’appuie sur une mission d’audit qui vise à déterminer et à minimiser les disfonctionnements internes du Ministère afin d’en renforcer l’organisation. Cet appui institutionnel se traduit également dans la poursuite de l’objectif d’une planification stratégique et budgétaire efficace. Dans ce sens, la clarification d’un cadre de travail et de concertation avec les différents partenaires et bailleurs font l’objet d’une attention particulière.

Ancienne fonction liée à la CTB : Secrétaire d’Etat et Ministre de la Coopération au Développement de 1995 à 1999, fondateur de la Coopération Technique Belge – signataire de la loi de création de la CTB.

 

 

  • Réginald, pouvez-vous nous aider à resituer le contexte de création de la CTB?

 

La reconstruction de la coopération belge s’est faite sur des ruines. L’idée était celle d’une réforme profonde, et pas d’une réforme palliative, de plus de 30 ans de coopération belge (depuis les indépendances). Le climat était fait de scandales successifs au niveau de l’AGCD.  La principale réforme a été de délier l’aide pour éviter que les intérêts de certaines firmes belges ne s’y retrouvent.[1] J’entendais créer la CTB dans un esprit dépolitisé, dénué de clientélisme et de privilèges, de la nettoyer d’affaires de corruption. Le contexte était très conflictuel. J’ai touché à de gros intérêts politiques belges et à pas mal de maisonnées sacrées de l’ancienne coopération Belge. La démission m’a plusieurs fois frôlée….

 

Concrètement, j’ai commencé par visiter huit pays européens pour analyser leur coopération bilatérale. C’est avec le modèle de la GTZ que la CTB montre le plus de ressemblances : le ministère de la coopération est réduit au cadre politique avec à ses côtés une forte agence exécutive qui est la face de la coopération à l’extérieur. Mais étant au cœur d’un système comme la santé, travaillant au ministère et non à la CTB je me rends compte que ‘l’exécution’ touche beaucoup plus au contexte politique qu’a la gestion technique. Mais ne vous en faites pas, j’exécute comme il m’est prescrit…

 

 

  • Père de la CTB, co-fondateur de MSF-Belgique…qu’est-ce qui caractérise un fondateur ?

 

  • le sens de l’innovation et  le pouvoir de créativité ;
  • la persévérance, car on rencontre beaucoup de résistance ;
  • la conviction, dans le respect de la dignité de l’homme.
  • Et après les créations vient la solitude…
  • En quoi cela fait-il sens pour vous de revenir à la CTB sur un projet dans l’action, après avoir été impliqué davantage dans la création de la CTB ?

 

Revenir à la CTB est le fruit du ‘hasard’, c’est-à-dire le fruit d’un « inconscient réfléchi ». Car le hasard n’existe pas selon moi. A la base, il y a quand même une envie de partager une expérience de terrain. Mais c’est une expérience fort différente des précédentes, notamment de celles vécues chez MSF. Il faut trouver de nouvelles motivations car les résultats de notre travail sont très peu palpables, nous sommes très éloignés des bénéficiaires. Un regard d’expert ou de fonctionnaire n’égalera jamais l’expression d’un malade. Le miroir de l’Autre reflète très différemment.  

 

  • La CTB a 10 ans cette année. Pensez-vous pertinent le lancement d’une nouvelle mission, vision, valeurs et identité visuelle, 10 ans seulement après la création de la CTB ?  

Les 10 ans de la CTB, en tant qu’anniversaire, doivent être pris comme un simple symbole, c’est juste un moment dans l’histoire de la CTB. Mais c’est aussi une opportunité de redéfinir et d’approfondir une vision de la coopération, dont le logo n’est qu’une expression.

 

 

  • Quel est votre vÅ“u pour la CTB future ?

L’esprit de départ était de créer une organisation plus souple, de la rendre plus proche de ceux et celles qui ont un besoin d’être aidé temporairement, de la défaire des procédures lentes et pesantes. Dans ma vision de la CTB à venir, l’introduction d’un cadre moins rigide d’appui aux institutions, infrastructures, moyens de production de la population permettra l’articulation avec une logique d’intégration des micro-initiatives de base des communautés. La coopération reste beaucoup trop une bureaucratie et technocratie alors qu’elle est avant tout une si belle histoire de la relation humaine.

 

Par ailleurs, il y a beaucoup trop d’intérêts avec les perdiems, des problèmes de réunionites…beaucoup d’inefficacité. Aussi est-on toujours trop liés au cadre il-logique, qui ne permet pas d’intégrer des imprévus. C’est un instrument dépassé dans beaucoup de situations. Avec cet outil, c’est l’activité qui suit la ligne budgétaire alors que ça devrait être l’inverse. La procédure n’est qu’un instrument, qu’un moyen. Ce qui doit orienter nos actions c’est l’Homme et la Femme…

 

 

 

  • Etant coach d’un volontaire, quel regard portez-vous sur le projet SVCD? 

 

Le SVCD est un programme extra! Il propose aux projets un appui par des jeunes, très enthousiastes et avec leurs motivations actuelles. Certains disent qu’ils ont beaucoup moins d’idéaux que ma génération ‘68 mais c’est faux, ils sont concernés par l’environnement, la planète.

 

 

  • Vous étiez Secrétaire d’Etat, et puis Ministre de la Coopération pendant la crise au Burundi. Qu’avez-vous entrepris pour ce pays durant cette période ?

    J’ai été en désaccord profond avec les affaires étrangères concernant l’embargo sur le Burundi pendant l’année nonante six. J’y étais opposé afin de pouvoir poursuivre la coopération par le biais d’autres canaux. L’important était de rester en termes de dialogue. Un embargo fait toujours souffrir la population plus qu’autre chose, ce n’est pas soutenable éthiquement ni opérationnellement. Il est préférable d’employer d’autres moyens de pression comme le fait de geler les avoirs des leaders.

    [1] Finalement, il s’est avéré que l’aide déliée a majoritairement bénéficié à l’économie belge, contrairement à ce que certains détracteurs avançaient.


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1 Comment »

  1. joel said,

    November 28, 2009 - 7:39 pm

    Chère Alice,

    Merci d’avoir publié cette interview intéressante et enrichissante de Monsieur Moreels.

    J’aurais tout de même souhaité que l’interview soit complétée par une autre question: « quel est le bilan, après 10ans, de cette réforme profonde de la coopération belge ? Qu’en est-il des objectifs fixés lors de la création de la CTB, ont-ils été atteints?
    Peut-on réellement conclure à l’heure actuelle que la CTB est plus performante, plus transparente, plus efficace, que l’AGCD d’antan?

    Bonne continuation et à nouveau merci pour cet article,

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