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Visite à la prison de Mpimba |
Hier, j’ai eu l’occasion de me rendre dans la prison de Mpimba, à Bujumbura, pour y voir un spectacle créé à l’aide de l’asbl « théâtre et réconciliation » (www.reconciliation.be). Ce spectacle, joué par une quinzaine d’acteurs, dont certains ont un passé de prisonnier torturé, a rassemblé un public nombreux (externes et internes à la prison). A travers leur mise en scène, tantôt grave tantôt ludique, les acteurs ont sensibilisé les spectateurs à l’importance de dire non à la torture et à ses effets dévastateurs, expliquant les mécanismes employés par les tortionnaires et donnant à entendre des témoignages de personnes ayant été victimes de torture.
Cette pièce, directement jouée dans le cadre de la prison, m’a également permis de mieux comprendre les conditions de vie des prisonniers. Tout d’abord, une immense majorité des prisonniers attendent toujours que la justice se penche et statue leur cas. La plupart n’ont pas fait l’objet d’une condamnation et sont donc de simples prévenus depuis plusieurs mois, voire des années, souvent sur base de simples déclarations d’accusateurs, n’ayant pas fait l’objet de vérifications au cours d’une enquête. Certains dossiers semblent avoir été relégués aux calendes grecques. Beaucoup se sentent abandonnés.
Les conditions de détention ne sont pas faciles. Les bâtiments conçus en 1950 sont prévus pour accueillir une population carcérale de 800 détenus. Aujourd’hui, la prison compte environ 3000 personnes (soit presque quatre fois la capacité de départ). Certaines femmes vivent avec leur(s) enfant(s). Le matériel (matelas, couverture, savons, etc.), la nourriture, rien n’est simple à obtenir. Des organisations fournissent régulièrement certains matériaux mais ils restent insuffisants pour couvrir l’ensemble des besoins.
Pourtant, hier, les prisonniers étaient joyeux, contents de l’événement qui brisait leur isolement et qui permettra peut-être d’attirer l’attention sur leur sort. Ils attendent beaucoup d’un système judiciaire qui montre d’énormes défaillances. De quoi percevoir l’ampleur de la tâche à laquelle je tente de contribuer et donner du sens à mon travail au quotidien. Je ne peux que joindre tous mes espoirs et mon énergie à celles des détenus de Mpimba pour que la justice burundaise s’améliore de jour en jour.








William said,
November 11, 2009 - 2:22 pm
Très belle initiative.
Bon courage dans votre travail en espèrant que la justice du Burundi s’améliore.
Il y a t’il des Gacaca comme au Rwanda?
Alice said,
November 13, 2009 - 1:08 pm
Un thème intéressant, Laure! Super bien illustré. Merci pour ce regard sur les problématiques vécues par les prisonniers au Burundi. Le fait que la direction de la prison aie permis la concrétisation de ce projet est déjà un signe d’ouverture qui initie un espoir de changement, non?
A+
Alice
joel said,
November 28, 2009 - 7:47 pm
Merci pour ce témoignage Laure,
je suis content que tu aies été confrontée à cette dure réalité du terrain, parfois si loin de nos systèmes bureaucratiques et institutionnels.
Laure said,
December 7, 2009 - 4:04 pm
Brève de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (www.aprodh.org):
Ce 7 décembre 2009 vers 11 heures, des heurts ont opposé les policiers pénitentiaires et les prisonniers. L’on y ignore le motif de ces affrontements. Il est à signaler que les représentants de la société civile, les représentants du ministère de la justice, les représentants de la Direction Générale des affaires Pénitentiaires étaient en réunion pour fixer des mesures concrètes pour désengorger les prisons. La réunion a été suspendue en catastrophe à cause des échanges de coups de pierre des prisonniers et des coups de feu des policiers.
Trois policiers ont été blessés.
Pour rappel, les prisonniers se sont opposés aux nouvelles entrées de prisonniers à cause du surnombre. Dans la nuit de jeudi, le 3 décembre 2009, le bureau du directeur de la prison ainsi que d’autres bureaux du bloc administratifs ont été mis à sac. L’on ignore si la responsabilité revient aux policiers ou aux prisonniers. Tous les documents et les équipements ont été incendiés. La prison est sursaturée ! Alors que sa capacité initiale était de 800 personnes, cette prison abritait 3424 au 15 novembre 2009.