|
|
Ramata : femme médecin de brousse |
A la veille de son départ en France, Ramata Samake se sent « pareille ». A la question de savoir quelles sont ses sentiments, elle répond « Je suis comme d’habitude » Il faut plus qu’un premier voyage en avion à destination de Marseille pour impressionner le docteur Ramata Samake, médecin de brousse au Centre de Santé Communautaire (Cscom) de Boré dans la région de Mopti … Région du Mali dont l’indice de pauvreté est le plus élevé du pays…
Engagée dans le cadre du PADSS (Projet d’Appui au Développement Sanitaire et Social) la Dr Samake est la seule femme sur la petite vingtaine de médecins en poste dans les Cscom de la Région depuis l’année précédente. Le Cscom de Boré ouvert depuis 1958, assure les soins d’une population de plus de 22400 habitants répartis sur 36 villages. Boré est une petite localité rurale du cercle de Douentza, située à une centaine de kilomètre de la ville
de Mopti.
Lorsqu’on lui demande pourquoi avoir choisi de travailler comme médecin de brousse, la réponse est claire : « Mais en brousse, les gens ont droit à la santé comme tout le monde ! » Vivre en brousse ne l’impressionne pas ou plus exactement ne l’impressionne plus, elle dit elle-même avoir toujours eu envie de faire ce que les hommes font ! « C’est un métier d’hommes normalement, enfin au regard de certains… Les femmes n’aiment pas aller travailler en brousse (…) moi je suis une tout-terrain et j’aime ça !»
Quelle a été la principale difficulté à se retrouver médecin en brousse ?
« En brousse, la perception que la population a du médecin est différente. On ne vous voit jamais comme une personne privée, mais uniquement comme médecin. Le plus difficile, c’est de ne pas même avoir un temps de repos. On est toujours de garde, tout le temps disponible, peu importe l’heure. Ce n’était pas comme ça au début. Lorsque je suis arrivée, j’entendais les gens dire : « une femme médecin !? Et bien … nos problèmes ne seront pas résolus… » Ca leur a pris 3 mois à s’adapter…et moi aussi ! » Et aujourd’hui lorsque le médecin s’absente quelques jours, les gens ne vont plus au Cscom. Ils préfèrent attendre son retour.
Responsable de 36 villages, son rôle de médecin de brousse l’oblige également à chevaucher sa moto pour faire des déplacements de plusieurs dizaines de kilomètres pour rejoindre les villages les plus isolés. Il lui est arrivé plusieurs fois de faire une centaine de kilomètres de route de nuit pour venir soigner ou faire accoucher. « Il faut savoir s’adapter très vite, se mettre à la place de la population, comprendre ce qu’ils font, comment ils le font. J’ai même appris à parler le peul (langue de l’ethnie du même nom présente dans la sous-région africaine) »
Outre l’isolement, les conditions de travail ne sont pas toujours faciles non plus. Il y a souvent un manque de matériel ou de moyens. « Il faut vraiment pouvoir gérer des difficultés… tu fais tout pour que ça marche tout le temps… c’est une pression vraiment, mais tu es content de voir les résultats et tu apprends beaucoup ! »
La Dr Ramata Samaké se fait assister dans le Cscom par une équipe inchangée depuis plus de 20 ans, composée d’une aide soignante, d’une matrone et de la gérante. Elle dit qu’elle envisage de rester en fonction dans ce Cscom pour 2 ans minimum, après ça elle envisage de passer le concours de la fonction publique, sauf si la rencontre avec un prétendant la contraint de quitter le village.
« Mais ça reste très intéressant de passer par la brousse. La gestion du personnel, de l’argent, de la logistique, de la pharmacie… On est responsable de tout, tout le temps. Je pense que tous les médecins devraient le faire. »
Ramaté Samake s’est donc rendu pour deux semaines à Marseille dans le cadre d’un échange entre médecins organisé par l’ONG Santé-Sud. Avant même le départ, elle avait déjà hâte de retrouver sa brousse.




Helena Imminga said,
August 18, 2009 - 9:17 am
Salut Siyad et merci d’avoir pris le temps pour decrire cette belle femme et sa vie (vraie!). Helena
Silvy Van Daele said,
August 24, 2009 - 2:42 pm
10 sur 10 pour genre! Merci pour l’article.
Marie said,
September 2, 2009 - 2:04 pm
Chouette ça!
Bien de retour au Mali d’ailleurs?
A plus!
Marie
Nicolas Lecuivre said,
September 9, 2009 - 9:15 am
Super sympa ton article Siyad! Bonne continuation à cette doctoresse motivée, ainsi qu’à toi bien sûr.
Aminata Boreux said,
February 11, 2010 - 12:49 pm
Cet article est très touchant!