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Les 4X4 de gazelles…

La vallée du Draâ est une des régions les plus touristiques du sud marocain. Cet écosystème oasien est né de l’existence de l’oued Drâa qui s’étend sur plus de 250 km depuis le barrage de Ouarzazate jusqu’à M’Hamid, dernière bourgade aux portes du désert. La vallée est constituée de six palmeraies dans lesquelles se sont édifiés les kasbah et ksour… trésors et vestiges de la culture Draoui.

L’unique route goudronnée qui borde la vallée offre des paysages romantiques. Des couleurs verdoyantes des palmeraies de l’amont, en passant par l’ocre des plaines et plateaux désertiques jusqu’au jaune éclatant des premières dunes au sud de la vallée, les yeux ne se lassent pas.

La route du désert voit défiler chaque année plusieurs milliers de touristes. Depuis une dizaine d’années, les infrastructures touristiques sont en expansion. A Zagora, chef lieu de la vallée, on ne compte plus les différentes agences touristiques, les hôtels, les boutiques de souvenirs et les 4X4 qui passent et repassent sur l’avenue Mohammed V, principale rue goudronnée de la ville. Le tourisme est devenu le pilier économique de la vallée, bien devant l’agriculture. Mais à qui profite ce tourisme? Et quel est son impact sur cet écosystème fragile?

Ce sont principalement les petits centres urbains le long de la route goudronnée qui profitent de l’invasion touristique. Chacun tente d’y trouver son compte en solitaire ou en famille. L’un ouvre un petit resto-snack, un autre devient guide touristique, un troisième vend quelques pièces d’artisanat local… Les douars (villages), plus reculés, restent peu concernés par les activités touristiques à l’exception des défilés de 4X4 roulant à plein gaz sur les pistes de leur bled. Depuis quelques temps cependant, les hommes des douars migrent vers les villes (Zagora ou Ouarzazate) pour tenter aussi leur chance dans le secteur touristique.

A Zagora, c’est plus de la moitié de la ville qui vit du tourisme. Ce sont surtout les jeunes qui veulent se lancer, délaissant les activités agricoles trop pénibles et peu rentables. La concurrence entre les agences et les boutiques touristiques est sévère. Les loups sont au taquet pour le moindre mouvement des brebis… Mais qui sont ces touristes et que cherchent-ils?

Un petit descriptif avec Abdul, Driss et Oumar, « bazaristes » et guide touristique pour les randos dans le désert. Ils sont originaires de Amezrou, village située à 3 km de Zagora mais ils se sont installés ici car il y a plus de passage.

« Il y a plusieurs catégories de touristes. Il y a tout d’abord les inaccessibles. Ce sont ceux qui arrivent en bus ou en 4X4 avec les agences de circuit touristique. Ceux-là, ils sont pris en charge depuis l’aéroport et tout leur programme est fixé même les guides et les boutiques de souvenirs. Il y a aussi les retraités en « mobilehome ». Eux, ce sont généralement des radins. Tout ce qu’ils achètent ce sont les cartes postales, les bouteilles d’eau et les tomates au marché. Ils ne font vivre personne ici. Ils dorment, mangent et font le tourisme dans leur camping-car. Nos clients, ce sont principalement les touristes individuels, qui arrivent en bus public ou voiture de location. Ils ont un itinéraire mais rien n’est fixé. Ils viennent se renseigner pour un bivouac dans le désert ou pour acheter quelques souvenirs. Zagora, ce n’est pas comme Ouarzazate. Ici les gens sont juste de passage pour aller dans le désert. Ils ne restent en général que 1 ou 2 jours à Zagora. Notre gagne-pain ce sont les randos dans le désert mais avec les circuits « tout-compris », ce n’est pas facile de trouver les touristes. On se débrouille. »

Et l’impact du tourisme sur l’environnement?

Plusieurs études ont démontré que les ressources en eau de la vallée s’épuisent. La prolifération incontrolée des stations de pompage entraine une diminution excessive de la nappe phréatique, accentuée davantage par la sécheresse de ces dix dernières années. Les ressources en eau sont donc limitées. Et pourtant les piscines se multiplient pour permettre aux touristes de profiter pleinement de leur séjour. Des piscines qui sont nettoyées tous les jours avec plusieurs m³ d’eau… Aucune règlementation n’existe pour tenter de limiter cette consommation. Et ce n’est pas la taxe touristique de 2 DH/nuit qui fera l’affaire…

Un autre problème qui me touche est la négligence des touristes vis à vis des déchets. Négligence qu’ils n’auraient plus dans leur pays d’origine! Les camping « sauvages » en pleine nature et les bivouacs dans le désert deviennent un réel problème. Les tas de détritus se propagent un peu partout. Combien de cannettes, de bouteilles de vin n’avons-nous pas retrouvé, mon collègue et moi, dans les canaux d’irrigation?

Et enfin, il faut également parler de la « pollution culturelle ». Que penser de ces jeunes femmes étrangères se balladant en mini-short et décolleté dans les villages où la tradition demande aux femmes de ne pas dévoiler leur corps en public? Quel respect y a-t-il envers la population locale?

Elle est belle, l’image du touriste tout permis car fortuné…

Tous ces aspects me touchent beaucoup. Et à défaut de pouvoir agir contre ce désastre, je voulais tout simplement en parler…

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Les 4X4 de gazelles..., 5.0 out of 5 based on 1 rating

3 Comments »

  1. Croizer Claude

    Croizer Claude said,

    July 2, 2009 - 2:27 pm

    Bonjour,

    je viens de voir ton article sur (notamment) la question du tourisme dans la vallée du Drâa, je trouve que tu poses bien les bonnes questions, et que l’on se trouve effectivement parfois en porte à faux, dans nos projets, à vouloir appuyer, réhabiliter (par exemple) la culture des dattes et un mode vie centré sur le travail durable de la terre alors que de l’argent coule à flots juste à côté et que le mode de vie occidental, pas toujours subtil, vient se heurter aux pratiques locales, dans un monde qui bouge très vite…

    Je suis allé 2 x dans la Vallée du Drâa au début du projet Gedindra, je compte y retourner à l’automne pour l’évaluation finale du projet, peut-être aurons-nous l’occasion de nous rencontrer à cette occasion,

    Félicitations et bien cordialement,

    Claude, Conseiller environnement, CTB

  2. Suzanne

    Suzanne said,

    July 8, 2009 - 4:00 pm

    trop vrai… Goed gezegd!

  3. Helena Imminga-Berends

    Helena Imminga-Berends said,

    August 18, 2009 - 9:37 am

    Salut Anne-Michele,
    Quelle belles photos et analyse intelligente sur l’economie locale et les effects du tourisme sur l’envrironnement. J’ai beaucoup aime aussi le descriptif base sur tes conversations avec Abdul, Driss et Oumar. Et ta description des couleurs!! Merci et un grand bisou, Helena

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