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« LES CERTIFICATIONS DE CAFÉ, INSTRUMENT D’AIDE AU DÉVELOPPEMENT POUR LES PETITS PRODUCTEURS : LE CAS DES CAFÉICULTEURS DE MANABÍ, EQUATEUR ».

Depuis le plant caféier jusqu’à la tasse chez le consommateur final, le chemin est plus long qu’il n’y paraît. Dans le cas du café équatorien de la Province de Manabí, le café est récolté à la main, sélectionné un par un entre grains verts et mûrs, dépulpé, fermenté, lavé, séché, débarrassé de ses différentes couches pour arriver à ce que l’on appelle le grain vert, encore une fois sélectionné en fonction des défauts du grain et des préparations demandées par les marchés d’exportation, et puis seulement il est exporté. Cette longue chaîne de travail, laquelle peut prendre deux mois à partir de la récolte, et sa correcte application est essentielle pour le maintien de la qualité du produit et est assurée exclusivement par le Producteur. Une erreur de séquence dans le processus peut endommager le café et conduire à le rendre impropre à la consommation et donc empêcher sa commercialisation.

Tout ce processus, le caféiculteur doit le réaliser dans un cadre social, économique et environnemental particulièrement difficile:

Au niveau international, le marché du café est un des pires marché de matière première au monde: il s’agit d’une production disséminée entre plus de 25 millions de producteurs dans leur grande majorité très pauvres, dans 60 pays distincts, sans aucune capacité de s’unir ni même d’influencer ce marché; plus de 50% de l’achat de café en grain et soluble est concentré dans les mains de 5 multinationales; le café connaît une surproduction endémique et une forte volatilité des prix dans le court terme.
Entre 1963 et 1989 la situation était pourtant différente puisque le marché du café était régulé par l’ « Accord International sur le Café », signé par les membres de l’ « Organisation Internationale du Café » (OIC). Dans le cadre de cet Accord les pays membres de l’Organisation, producteurs et importateurs, établissaient des quotas d’exportation par pays et fixaient les prix collectivement entre pays producteurs et acheteurs.

Depuis ses origine ce système se destinait à réguler l’offre de café sur le marché pour se préserver de la surproduction déjà existante, et par là même protéger les revenus des pays producteurs, essentiellement composés de pays en développement. Si les prix du café montaient trop fortement l’OIC autorisait une augmentation de la production, tandis qu’elle la diminuait si les prix chutaient. Pour l’Europe il s’agissait de garantir et préserver les conditions économiques et sociales de ses anciennes colonies, tandis que les Etats – Unis voulaient avant tout éviter la contagion révolutionnaire de pays comme ce fut le cas à Cuba à travers un équilibre social et économique sur le continent. D’autre part, les importateurs et torréfacteurs y trouvaient également satisfaction puisque leurs sources d’approvisionnement de café étaient garanties.

Cependant deux marchés de café coexistaient: l’un était régulé par l’OIC, tandis que l’autre, composé de pays non membres de l’OIC, fonctionnait selon les mécanismes de l’offre et de la demande, vendant leur café à des prix nettement plus bas. Cette situation généra alors de fortes tensions, conduisant à ce que certains pays producteurs membres de l’OIC firent pression afin de pouvoir augmenter leurs quotas de production et exportation. Dans le contexte de libéralisation de l’économie et avènement des accords du Gatt (future Organisation Mondiale du Commerce, OMC) au cours des années 80, ce système était condamné à disparaître, ce qui arriva en 1989 avec l’abandon de l’ « Accord International sur le Café ».

Laissé à la régulation du libre marché, et fonctionnant selon les mécanisme de l’offre et de la demande, le marché du café vit ses prix s’effondrer drastiquement à partir de 1995, avec notamment l’apparition de nouveaux pays producteurs, tels le Vietnam et le Brésil, lesquels, moyennant de fort investissements dans la production caféière, contribuèrent à la surproduction du café, la chute des prix et à la crise internationale du café du début du nouveau millénaire.

La crise fut si sévère qu’elle eut comme résultat la ruine de caféiculteurs à travers le monde, l’abandon de la caféiculture dans des régions du monde pourtant historiquement caféière et la migration des campagnes vers les villes.

Dans le cas de la Province de Manabí (Equateur), les petits producteurs de café subsistant travaillent de petites exploitations agricoles (Fincas), d’entre 1 et 3 Ha de café, avec des rendements extrêmement bas, ce qui rend les coûts des plants caféiers assez élevés. D’autre part, la réduction continue des prix limite les investissements et même le maintien des plants caféiers. La faible rentabilité du café conduit le producteur à réduire au minimum les dépenses pour cette culture ce qui réduit encore plus les rendements physiques et de qualité du café .

Les conditions climatiques et géographiques ne sont pas non plus des plus favorables pour la production du café: les parcelles de terre dédiées au café se trouvent en deçà des 700 mètres sur le niveau de la mer, produisant un café de faible acidité, lequel n’obtient alors qu’un potentiel limité pour le marché du café de qualité ou “gourmet” (marchés les mieux rémunérés). En plus, les récoltes se voient régulièrement affectées par les pluies, soit insuffisantes soit trop abondantes durant l’hiver (décembre – mars). Ces irrégularités climatiques affectent non seulement les récoltes mais aussi les conditions de vie du paysan: celui-ci accomplit ses tâches productives sur des terrains semi montagneux, aux sols épuisés et affectés par l’érosion, marqués par la déforestation en raison du manque de surfaces cultivables, et affectés par les pluies et inondations. Le paysan devant emprunter pour transporter son café des chemins en terre, boueux et sujets aux glissements de terrain.

Ce sont cependant ces producteurs qui doivent assurer un travail de qualité s’ils désirent avoir une opportunité de percée sur les marchés internationaux, très exigeants en matière de qualité et normes sanitaires des produits importés, mais offrant une rémunération plus attractive que sur le marché local. Le café équatorien est donc une culture de rente destinée à l’exportation, très peu consommé au niveau local.

Dans ces conditions, les producteurs n’ont pas d’autre opportunité que de s’unir et s’organiser, au moyen de création d’Organisations de caféiculteurs, dans le but de partager les instruments et matériels de production (machine pour dépulper le café, moteurs, surface de séchage en ciment, et machines lourdes pour la transformation du café), et donc réduire les coûts de production et de commercialisation. Dans le cas de la Province de Manabí, 18 Organisations de producteurs se firent membres ou bénéficiaires de la Corporation Équatorienne de Caféiculteurs (CORECAF), Corporation régionale et nationale, qui organise les caféiculteurs sur la scène politico-économique nationale, apporte une assistance technique à ses membres (assistance technique rurale auprès du producteur, investigation, formation des dirigeants des Associations) et est à l’origine de la formulation et exécution de Projets de Développement Locaux et Internationaux, au bénéfice des caféiculteurs.

Un exemple récent a été la co-exécution, aux cotés de la Coopération Technique Belge (CTB), du Projet Café Manabí (2004-2008), cofinancé par l’Etat Belge et Equatorien, en développant 4 composants ou axes stratégiques: 1) au niveau productif le projet a réussi a réhabiliter et rénover aux alentours de 3.000 hectares de café; 2) au niveau de la diversification de la production, le projet a diversifié près de 2.770 Ha et a créé 20 institutions de microcrédit (Caisses Rurales d’Epargne et de Crédit) basées sur la propre épargne du caféiculteur et destinées à développer la production de produits de cycle court (maïs, riz,…) et l’élevage; 3) au niveau du renforcement socio – organisationnel: la CORECAF a effectué un travail de consolidation légale et des dirigeants des Organisations de caféiculteurs, mis en œuvre l’École d’alphabétisation et de leaders, l’appui aux organisations en matière de gestion auprès des gouvernements locaux et provinciaux, et; 4) dans le domaine commercial, les Organisations et la CORECAF ont créée en Juin 2006 leur bras commercial, COREMANABA S.A. – (dont les actionnaires sont la CORECAF et CORECAFE S.A., l’autre entreprise commerciale de la Corporation, de café torréfié et moulu) – créée pour représenter et défendre les petits producteurs de café dans leur recherche de canaux de commercialisation directs pour vendre leur produits de manière claire et transparente, appuyant la commercialisation associative et solidaire moyennant un pesage et prix juste.

Dans le cadre de la commercialisation, COREMANABA S.A. a réussi à faire entrer le café de Manabí sur le marché des cafés certifiés. Il existe à ce sujet une certaine littérature, transmise au sein de la population belge et européenne principalement au travers de campagnes de promotion, telle que celle du “Fair Trade” (Commerce Equitable), connu en Belgique surtout sous le nom de “Max Havelaar”. Ce sceau ou marque, qui apparaît sur les paquets de café distribués jusque dans les supermarchés, cherche, selon ses promoteurs, à garantir aux agriculteurs du tiers monde et ceux qui sont employés au sein de leur exploitation agricole, de bonnes conditions sociales et de travail, favoriser la conservation et protection de l’environnement, et octroyer un prix juste (plus important que celui du marché) pour le producteur, le récompensant ainsi pour ses efforts sociaux et environnementaux, en même temps qu’il couvre les coûts de production de l’agriculteur afin que celui-ci puisse générer des bénéfices dans le cadre de sa production.

Si le sceau Max Havelaar est le plus connu en Europe et en Belgique, il faut souligner la tendance et l’intérêt croissant des consommateurs de produits sains, sans OGM (Organisme Génétiquement Modifiés), écologiques, produits par de petits producteurs socialement et économiquement organisés, et écologiquement responsables. Cette tendance s’est reflétée sur les marchés, notamment celui du café, avec l’apparition du « segment des cafés spéciaux », c’est-à-dire des marchés qui englobent une gamme de cafés perçus comme différents des marques normalement disponibles pour diverses raisons : cafés de haute qualité, avec des antécédents historiques, géographiques, culturels particuliers, ou parce qu’ils sont certifiés comme produits selon une norme sociale ou environnementale spécifique.

Sur le plan institutionnel, avec la multiplication des appellations (« écologique » ou « organique », d’ « origine », « Fair Trade », « Rainforest Alliance », « Birds Friendly »,….) des Normes et Institutions privées ou publique se sont développées ( par exemple l’Union Européenne, les Etats – Unis et le Japon, pour ne citer qu’eux, ont développé leur propre règlementation pour qu’un produit agricole, son processus de production, transformation, exportation et importation puisse obtenir l’appellation organique ou écologique), chacune ayant développé leurs Normes et Conditions propres. Dans ce contexte, la certification est un processus au travers duquel une entité accréditée, appelée Agence de Certification, contrôle et certifie que le système de production d’un agriculteur, groupe d’agriculteur ou entreprise, est bien conforme avec les Normes établies.

En échange de la qualité du produit et conformité envers les Normes, ces cafés obtiennent un prix supérieur à ceux du marché. Ces sceaux de certification garantissent en effet pour le producteur un prix plus attrayant pouvant aller entre 15 et 30 dollars additionnels par Quintal (1 quintal= 100 livres= 45 kg), sachant que le prix / quintal sur le marché boursier n’est pas allé plus loin qu’entre 100 à 125 dollar / quintal ces 5 dernières années.

Si ces marchés restent encore segmentés et limités, ils représentent cependant pour l’agriculteur de véritables alternatives au marché « traditionnel » ou « conventionnel ». L’Organisation Internationale du Café (OIC) a mentionné dans un de ses rapports en 2006 que « …la consommation sur les marchés bien établis est en règle générale statique, les secteurs ou l’on observe le plus grand dynamisme sont ceux des marchés de qualité » . C’est ainsi que l’OIC recommande comme alternatives d’augmenter les normes minimales de qualité pour les cafés destinés à l’exportation et orienter la production vers les cafés spéciaux et certifiés. Allant dans le même sens, une étude réalisée par la Banque Mondiale affirme que tandis que le prix du café traditionnel se maintenait bas en raison de la surproduction, les prix des cafés spéciaux ou durable étaient plus stables.

En plus des avantages économiques, il convient de souligner les avantages environnementaux, sociaux et socio-organisationnels, de véritables opportunités de changement de mentalité du producteur et d’efficience dans l’emploi des ressources locales et la gestion de son exploitation agricole:

1) Beaucoup des Normes destinées à l’obtention d’une certification impliquent une série de règles environnementales (utilisation rationnelle et durable des ressources naturelles, conservation des sols et des sources naturelles d’eau, protection de la vie sylvestre, la non déforestation, l’utilisation de matériels provenant de l’unité de production agricole, la non utilisation de produits synthétiques et chimiques, la non « contamination » de la production par des matériaux transgéniques, l’élimination et recyclage des déchets,…) et sociales (équipement de protection pour les travailleurs, horaires de travail régulés, prohibition du travail des enfants, salaire minimums garantis, liberté syndicale,……), œuvrant pour la formation et la conscientisation de l’agriculteur en faveur d’une mise en œuvre de processus productifs durables au niveau humain et environnemental, générant une améliorations des conditions de vie générale du producteur et de sa famille ;

2) La certification s’obtient après une inspection de vérification sur le terrain de la part de l’Agence de Certification, obligeant le producteur à maintenir des registres de production et documents concernant toutes ses activités productives et comptables. Si cette documentation a bien pour but de vérifier la provenance des intrants (types de produits utilisés, origine des semences,…) dans le système de production et les différentes activités déployées par le producteur pour contribuer aux objectifs de la certification, la pratique de mise en œuvre de ces registres d’activités productives permet également au producteur de mieux planifier ses activités agricoles et procéder à une analyse comptable de ses coûts et bénéfices, allant dans le sens d’une gestion presque « entrepreneuriale » de son exploitation agricole ;

3) La mise en œuvre de certifications environnementales et/ou sociales impliquent une plus grande connaissance et participation du producteur dans la chaîne de production-transformation et commercialisation du café puisqu’une erreur de manipulation ou perte de qualité du café certifié dans l’une des étapes de la chaîne, peut endommager la production et faire perdre la certification. D’autre part, la certification du café se limitant à l’obtention du sceau et non la mise en relation avec les acheteurs potentiels, les Organisations de caféiculteurs doivent également procéder à l’apprentissage des mécanismes de commercialisation internationale, recherche de marchés et promotion de leurs produits ;

4) La gestion de la certification ne se limite pas seulement à la venue des inspecteurs de l’Agence de Certification. Elle implique au niveau interne la mise en place d’un processus de gestion et de contrôle de qualité et de prévention des risques de contamination du produit (appelé le « Système Interne de Contrôle », SIC), lequel se traduit par la formation d’une petite équipe de personne apportant aux producteurs certifiés des services de formation et d’assistance technique, inspectant au niveau interne l’accomplissement, respect et avancées des producteurs en matière de Normes des certifications, et développant des processus d’investigations dans les thèmes environnementaux et sociaux. Le SIC génère un véritable processus de génération et appropriation de connaissances, une participation des producteurs dans le fonctionnement du système, une associativité dans les processus productifs, de gestion et de décision, conduisant au renforcement socio-organisationnel des Organisations de producteurs.

Si les avantages des systèmes de certification sont clairement exposés, les coûts de mise en œuvre sont cependant très importants, et souvent inaccessibles pour de petits producteurs, tels que ceux de la Province de Manabí, sans l’intervention d’entreprises, institutions nationales ou internationales dans le financement de ceux-ci. Dans les coûts il est nécessaire de prendre en considération une équipe d’assistance technique pour ce qui est des thèmes de production et de qualité ; une équipe de personnes (producteurs et personnel d’assistance technique) chargées de la mise en œuvre, coordination et contrôle du processus de certification au niveau des Organisations; un groupe de personnes ou institutions chargés de donner des formations ponctuelles concernant les thèmes spécifiques liés aux certifications, et enfin le coût des inspections des Agences de Certification ainsi que d’utilisation du sceau de certification choisi. Ces deux derniers, dans le cas de la Province de Manabí, ont représenté 15.000 USD$ (dollars américains) pour 842 producteurs possédants deux certifications (« Organique » et « Rainforest Alliance »), grâce à la gestion de la CORECAF et de COREMANABA S.A., c’est-à-dire une moyenne de coût de 18$/producteur, une quantité d’argent non négligeable pour un producteur dont le revenu annuel varie entre 200 et 450 dollars.

D’autre part, la marge de bénéfice (entre 15 et 30 dollars par quintal additionnels aux prix du marché) obtenu grâce à la certification n’a d’impact réel que si le producteur produit en quantité suffisante et réussit à se faire une place sur le marché international. Cette marge de bénéfice, bien qu’importante, n’est pas non plus suffisante pour le producteur afin de garantir sa subsistance et la pérennité de sa production caféière. Il ne s’agit que d’un des mécanismes d’aide existante, d’autres actions doivent être mise en œuvre parallèlement, comme la diversification de la production du caféiculteurs, afin que ce dernier puisse survivre et se mettre à l’abri de la dépendance envers un seul produit.

Malgré les difficultés, CORECAF / COREMANABA S.A. prévoit de suivre le chemin des certifications, seule alternative pour garantir des prix attrayants, en projetant pour l’année 2009 l’obtention de 3 certification socio – environnementale, incluant cette fois la certification « Fair Trade » de Commerce Equitable, pour un total de 2.000 producteurs. Les coûts de la mise en œuvre du « Système Interne de Contrôle » (SIC) ainsi que des sceaux de certifications étant forts élevés (entre 100 et 150.000 dollars), la CORECAF / COREMANABA S.A. recherchent des Institutions privées ou publiques, Entreprises, ONG, Fonds de développement,…. désireuse d’apporter non seulement des subsides, donations ou prêts avantageux, mais aussi de contribuer à l’organisation de formations en marketing, la mise en relation avec des acheteurs européens potentiels, ou apporter une contribution financière afin de permettre la participation de l’entreprise COREMANABA S.A. aux foires internationales de café pour lui permettre de faire connaître son produit.

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2 Comments »

  1. » « LES CERTIFICATIONS DE CAFÉ, INSTRUMENT D’AIDE AU DÉVELOPPEMENT … : consultant au brésil said,

    January 18, 2009 - 7:13 pm

    [...] Original post by inconnu [...]

  2. Anonymous said,

    January 18, 2009 - 7:13 pm

    [...] Original post by inconnu [...]

  3. jean said,

    January 19, 2009 - 11:54 am

    Super intéressant comme article…

  4. jean said,

    January 19, 2009 - 11:54 am

    Super int?ressant comme article…

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