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Commune Annexe Infos, journal spécial dans la ville de Lubumbashi

Dans l’université, on apprend toujours que la presse est le 4ième pilier de la société. Grande surprise alors d’arriver dans une ville -la deuxième plus importante de la RDC- ou la presse écrite est pratiquement inexistante. Il existe quelques journaux, mais leur existence est très courte, leur parution instable, la qualité faible et le tirage trop limité (de 100 à 300 ! exemplaires). Dans ce contexte il m’a été demandé de produire un journal gratuit (!) sur les actions de développement dans la commune Annexe de la ville de Lubumbashi. Je ne vais pas entrer dans les détails du journal (pour cela j’invite les lecteurs de ce blog à consulter le journal même sur www.katangaonline.net/developpement et plus spécifiquement le numéro 13 où j’explique l’historique et les objectifs du journal), mais plutôt comment j’ai vécu mon travail la-dessus et les impacts que j’ai vu pour la population.

La production de Commune Annexe Infos a été une aventure inoubliable. La production d’un journal est une activité très intense. Il fallait sortir un numéro chaque mois ce qui me prenait la grande partie de mon temps bien que ce n’était pas ma seule responsabilité. Avec mes collaborateurs, nous avons travaillé fort et été très exigeants en ce qui concerne la qualité. Ceci a fait que dès le début, le journal a attiré beaucoup l’attention des Lushois, même si le journal était un peu spécial car seulement sur des thématiques de développement. Même dans le monde des agences du développement ici présentes, c’était quelque chose de ‘pas vu’ car la plupart entre elles produisent des instruments qui ciblent les autres agences et le gouvernement au lieu des bénéficiaires des actions.

Nous avons rencontré plusieurs défis lors de cette année : atteindre une population de plus de 250 000 habitants (seulement dans la commune Annexe !) avec un tirage de 3000 exemplaires (et on est largement le journal plus grand de la ville), impliquer les organisations locales (la culture d’échange d’information n’est pas tout à fait internalisée), passer les informations à une population avec un taux d’analphabétisme important, la survivance du journal après la clôture de notre projet, etc. On a essayé de combler ses problèmes en stimulant le partage des journaux (pensez au slogan ‘Lire Commune Annexe Infos c’est bien. Le faire lire aux autres c’est mieux’), en les mettant dans des endroits visibles, en donnant beaucoup d’attention à l’aspect visuel du journal (beaucoup de photos pour les mamans analphabètes), etc., mais c’est clair qu’il nous fallait encore du temps. Beaucoup de temps.

La clôture de notre projet est annoncé pour le 31 octobre 2008 et voilà aussi date finale du journal. C’est quelque chose de très regrettable car Commune Annexe Infos est entré doucement dans les cœurs des lecteurs et il est découvert chaque jour par des nouvelles personnes. Dans une ville où les enfants vont à l’école sans manuels, où il n’y a qu’une seule bibliothèque, où il n’y a pas des kiosques où acheter des magazines ou des journaux, etc. ce journal a permis de réstimuler chez beaucoup de personnes l’esprit de lecture, la curiosité d’être informé. Ils me le disent, ils me l’écrivent. Un exemple me vient à l’esprit. Il n’y a pas longtemps j’ai reçu la visite d’un vieux papa (c’est comme ça qu’on appelle respectueusement les hommes âgés). Il travaille à la gare (pas dans notre zone d’intervention) et d’une manière ou outre il avait obtenu le journal. Il y avait découvert notre soupe aux lettres (rubrique qui veut familiariser les lecteurs du journal avec les concepts dans les articles de façon ludique) et était émerveillé. Il était plein de gratitude parce que ce jeu ‘permettait aux vieux d’exercer leur esprit et leur cerveau’. Ceci m’a montré comment il y a un manque ici à des instruments ainsi.

Ça du côté professionnelle. Personnellement ça me fait mal aussi car CAI (comme on l’appelle avec amour) est devenu un peu mon ‘chou chou’. En blaguant avec mes collègues, nous disons à chaque parution que ‘l’accouchement était dur, mais que le bébé est né. Et beau en plus :-) .’ Je regrette ne pas avoir le temps de l’améliorer, d’attirer plus des lecteurs, de continuer à informer et sensibiliser les lecteurs, etc. , mais espère que les dirigeants de cette ville se réaliseront qu’une société sans presse, sans livres, sans informations, etc. est une société aveugle et prendront des actions pour soutenir des initiatives d’information.

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