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Aperçu de Lubumbashi: Les difficultés du travail agricole de la femme rurale |
Le rôle économique des femmes dans beaucoup de ménages aussi bien des milieux périurbains que ruraux n’est plus à démontrer. En milieu rural, les femmes produisent et vendent des produits de champs pour la survie et la satisfaction des besoins de leurs ménages. La commune Annexe, étant la ceinture verte de la ville de Lubumbashi compte un très grand groupe de femmes qui s’adonnent à la culture maraîchère et vivrière. Elles sont parmi les nombreuses femmes qui ravitaillent les différents marchés de la ville de Lubumbashi en produits vivriers et maraîchers. En tant que consommateur on ne se rend pas compte des possibles difficultés que ces mamans peuvent rencontrer dans la production et la vente de leurs produits, mais elles en ont plusieurs. Delà l’importance de connaître leur situation et réfléchir à des solutions.
Ces femmes font partie d’un circuit commercial local dans lequel plusieurs intervenants sont impliqués et dans lesquels ces femmes ne sortent pas avec les meilleurs avantages. Les trois catégories d’intervenants dans le circuit local de commercialisation comprennent les femmes maraîchères, les intermédiaires et les transporteurs. Les premières se chargent de la production. Les intermédiaires achètent les produits maraîchers pour les livrer aux vendeurs ou vendeuses en ville. Finalement, les transporteurs (principalement à vélo) rendent service à ces intermédiaires en transportant les produits des champs jusqu’en ville. C’est un système qui existe depuis longtemps, mais dans lequel les mamans maraîchères sortent perdantes.
Selon la logique économique, pour avoir des gains il faut que l’argent investi dans une activité soit moins important que l’argent produit par cette activité. Si c’est le contraire alors on parle des pertes. C’est le cas pour les mamans maraîchères. Ces femmes doivent payer les semences, l’engrais, les instruments de maraîchage, etc., mais l’argent qu’elles reçoivent pour leurs produits ne couvre pas tous ces coûts. D’un côté, il y a le fait que ces mamans (souvent analphabètes ou avec une éducation très faible) ne font pas des calculs pour voir quel est le prix convenable pour avoir des gains. Lors de la période de récolte, elles se voient avec une grande quantité de produits. Il s’ajoute que ces produits sont vendus par tout le monde car les cultures sont saisonnières et elles n’ont pas assez de moyens pour diversifier leurs produits. Leur priorité devienne ainsi de se débarrasser au plus vite que possible de la récolte. Les intermédiaires très assidus arrivent alors à faire des bonnes affaires grâce aux bas prix qu’ils paient aux femmes sur leurs champs. D’un autre côté, il y a l’aspect du transport. On pourrait se demander pourquoi les femmes maraîchères ne négocient pas directement avec les vendeuses au marché. La réponse est simple : le transport des produits vers la ville est coûteux et prend beaucoup de temps. Elles pourraient aussi aller vendre au marché elles-mêmes, mais sauf l’aspect du transport il y a d’autres difficultés. D’abord, le travail maraîcher est un travail intensif et continu. Le temps de vendre au marché, c’est un temps qu’on ne peut pas consacrer à la préparation des champs. En plus, les femmes sont seules (voir article ci-dessous sur l’exil) pour travailler la terre et ne peuvent donc pas s’éloigner de leurs champs.
Un marché de proximité pour les femmes de Kalebuka
Dans le Plan de Développement communale de la commune Annexe, il a été décidé qu’un marché soit construit dans le quartier de Kalebuka. Lubumbashi est en pleine extension et on s’attend à ce que dans quelques années le quartier sera plein d’habitants. Le projet du marché, qui est en cours d’exécution par la CTB/PAIDECO, envisage l’augmentation des échanges commerciaux locaux entre les producteurs et consommateurs de ce quartier à long terme. Néanmoins, ce marché peut déjà soulager le problème des femmes maraîchères de ce quartier. Ce marché peut être un endroit dans les environs des lieux de production où toutes les femmes maraîchères peuvent exposer leurs produits et les vendre aux intermédiaires (en attendant l’habitation du quartier et donc la vente directe aux consommateurs). En centralisant l’endroit de vente, en coopérative, les femmes peuvent améliorer leur position de vente.
Certes, l’exécution de cette idée pose quelques difficultés. Tout d’abord, il y a le transport des champs vers le marché. Deuxièmement, il y a les taxes exigés par la Mairie pour pouvoir vendre dans le marché et qui pourraient décourager l’entrée dans le marché. En suite, il y a le problème de convaincre les mamans maraîchères que ça vaut la peine de modifier le circuit commercial qu’elles connaissent. Il y a également le fait que créer une coopérative nécessite de l’accompagnement et de l’expertise. Il existe des organisations d’appui aux paysans tels que le « Centre d’information et formation pour le développement intégré (CIFODI) » qui peuvent sensibiliser les femmes maraîchères à l’utilisation du marché, renforcer leurs compétences en vente et les aider à se mettre ensemble, mais ces organisations n’ont souvent pas les moyens pour le faire.
Grands sont alors les défis qui attendent les femmes maraîchères pour faire de sorte qu’elles profitent plus de leur dure labeur. Ces femmes -qui ne doivent pas seulement travailler dans les champs, mais aussi s’occuper de leurs enfants, de leur famille et de leur maison- ont besoin de l’aide de la communauté pour gagner un prix équitable pour leurs produits. Il existe plusieurs pistes. Si elles se mettent d’accord pour travailler ensemble, alors elles peuvent exiger un meilleur prix, partager la tâche de vente pour ne pas devoir négliger le travail aux champs, gérer les revenus des ventes de telle manière que le transport puisse être financé et les taxes du marché payés. La Mairie pourrait par exemple aussi donner un prix spéciale la première année pour motiver les vendeurs (pas seulement de produits maraîchers) à vendre dans les nouveaux marchés. Le Bourgmestre communale pourrait activer ses services techniques pour sensibiliser toutes les parties concernés et appuyer les organisations de sensibilisation, etc. Le problème est complexe et nécessite beaucoup de réflexion, mais avec l’implication de l’administration communale, la Mairie, les acteurs locaux et les intervenants de ce circuit la situation de la femme maraîchère peut être améliorée.
Source: Paola Andrea Vallejo Patiño, Commune Annexe Infos # 13 (Août 2008), p. 6 et 12L’exil des hommes maraîchers
Le quartier Kalebuka contient plusieurs villages qui ont comme activité principale de survie l’exploitation des cultures vivrières et maraîchères. Malheureusement, la terre arable dans ces différents villages est pauvre et l’exploitation des cultures exige l’application des engrais chimiques coûteux que ce soit pour les cultures vivrières que pour les maraîchères. Vu l’insuffisance de la production des propres champs pour maintenir le ménage, les hommes doivent chercher ailleurs. Ils se déplacent vers la fin de la saison des pluies (mois d’avril et mai) -et donc de la récolte- vers les villages lointains. L’activité champêtre y donne une bonne récolte sans usage d’engrais chimiques car le sol contient humus et n’est pas affecté par la présence des minerais. Les hommes profitent de l’abondance pour y acquérir à crédit des sacs de maïs. Ceci veut dire qu’ils reçoivent le produit et paient après. Comment paient-ils ? En faisant la main d’œuvre lors de la préparation des champs aux mois de septembre et octobre.
Pendant ces deux périodes que les hommes vont chercher le maïs et font la main d’œuvre ailleurs, on dit qu’ils sont ‘en exil’. Les conditions sont difficiles car ils ne restent pas dans les villages, mais doivent passer leurs nuits sous un arbre, sur les champs ou dans des tentes en paille qu’ils fabriquent eux-mêmes. De plus, il y a deux problèmes qui se posent avec ce phénomène d’exil pour les femmes. Tout d’abord, il y a le fait que quand les hommes retournent vers leurs ménages avec les sacs de maïs, ils en vendent en cours de route pour satisfaire à leurs besoins de consommer la boisson alcoolique et ne ramène à la maison qu’une partie du maïs. Deuxièmement, au moment de préparer le terrain des propres champs pendant les mois de septembre et octobre, les hommes partent laissant les femmes toutes seules. Elles ne peuvent travailler que des petites superficies de terre donnant une production souvent trop faible pour répondre aux besoins du ménage.
Source: Paola Andrea Vallejo Patiño, Commune Annexe Infos # 13 (Août 2008), p. 6 et 12


