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Violences urbaines en Afrique du Sud / réactions depuis le Mozambique |
Les actes de xénophobie commis à l’encontre d’immigrés africains (souvent en situation irrégulière) dans les banlieues des grandes villes d’Afrique du Sud ont suscité l’émoi au Mozambique. Devant l’intensification du problème la semaine dernière, le gouvernement mozambicain a réagi en lançant une opération de rapatriement de près de 2000 Mozambicains et en installant des camps de transit dans la province de Maputo pour y accueillir les personnes ayant entrepris de fuir la violence. Jusqu’à présent, plus de 27 000 Mozambicains installés en Afrique du Sud ont passé la frontière pour rentrer au pays. Ceci après que 23 de leurs concitoyens aient été sauvagement tués, certains brûlés vifs, au cours des derniers évènements.
Beaucoup de discussions et d’allusions au passé parfument l’air de Maputo depuis quelques jours…. Les gens d’ici sont très choqués par l’attitude des Sud-africains qui semblent avoir la mémoire bien courte pour “oser s’en prendre aux Mozambicains”. Auraient-ils oublié que jusqu’à la fin de l’Apartheid, les membres de l’ANC et autres Sud-africains noirs fuyant le régime raciste avaient été solidairement accueillis par les pays voisins dès le passage à l’indépendance de ceux-ci? La réponse à cette question n’est pas si évidente car beaucoup de choses ont changé depuis lors et la nouvelle génération semble peu informée des liens étroits qui ont uni les Africains noirs cherchant à s’émanciper des divers régimes coloniaux ou racistes de la région à une certaine époque (pourtant pas si éloignée).
Certaines personnes se rappellent encore que la guerre “civile” au Mozambique (1977-1992) s’est révélée longue et dévastatrice en partie parce que le gouvernement mozambicain soutenait le mouvement anti-Apartheid. Alors qu’au départ, c’est la Rhodésie du Sud qui avait regroupé les dissidents au pouvoir suite à la formation légitime du premier gouvernement mozambicain (marxiste) en 1975, dès l’indépendance du Zimbabwe (1980) c’est l’Afrique du Sud qui s’est empressée de prendre le relais. Voilà qui a mené aux ravages perpétrés par le mouvement rebelle (Renamo) soutenu logistiquement par la plus grande puissance de la région, accompagnés de lourds bombardements par la Force Aérienne Sud-Africaine visant les installations provisoires de l’ANC au Mozambique et d’autres infrastructures aussi. Ajoutez à cela l’implication des puissances du bloc Est (URSS, Cuba, Chine) et du bloc Ouest (via l’appui des USA à l’Afrique du Sud) dans le contexte de la Guerre Froide et les résultats parlent d’eux-mêmes: un million de morts, 1.7 million de réfugiés dans les pays voisins, 4 millions de déplacés dans le Mozambique même.
Alors que chez eux tout était à renconstruire, de nombreux Mozambicains ont pu se sentir attirés par le vent de liberté et d’opportunités qui soufflait sur l’Afrique du Sud avec l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela en 1994. Et d’une certaine manière, le mariage de Mandela avec Graça Machel (veuve du premier président mozambicain) en 1998 a quelque peu contribué au renforcement du lien de respect et de solidarité unissant les deux pays.
La première fois que je me suis rendue en Afrique du Sud, en 2006, j’ai récolté plusieurs témoignages de Congolais, Malawites et autres Africains évoquant qu’ils étaient très mal reçus par les Sud-africains noirs et vivaient constamment dans la peur de ceux-ci quand la nuit tombait sur les fameux “townships” (quartiers de banlieue hérités du temps de l’Apartheid). En effet, certains Sud-africains ne voyaient pas d’un bon oeil que ces immigrés soient prêts à prendre n’importe quel travail pour n’importe quel salaire et qu’ils occupent une place de plus en plus importante dans le système du marché informel. Ce qui est flagrant aujourd’hui, c’est que le manque de réactivité du gouvernement sudafricain face à l’afflux d’immigrants cherchant un refuge économique et/ou politique en Afrique du Sud est en train de révéler de nombreux problèmes sur le plan sioco-économique. Et je fais principalement allusion au gouvernement de Thabo Mbeki (1999 – présent) qui s’est toujours abstenu de prendre une position ferme vis-à-vis de la situation au Zimbabwe et par conséquent, n’a mis en place aucune politique d’accueil pour faire face au grand nombre de personnes fuyant le Zimbabwe ces dernières années. D’ailleurs, la question de ce qu’il adviendra des Zimbabwéens qui tenteraient de rentrer au pays en raison de la vague de xénophobie sudafricaine est au coeur de nombreuses préoccupations. D’après certaines informations qui circulent dans les médias mozambicains aujourd’hui, on s’attend à ce qu’un certain nombre d’entre eux viennent trouver refuge au Mozambique…
Tout ceci étant dit, le Mozambique a récemment connu une vague de violence alarmante aussi. On parle de quelques 25 personnes lynchées depuis janvier 2008 en bordure des trois villes principales du centre et sud du pays. Dans la plupart des cas, la population de quartiers défavorisés s’en est pris à des personnes suspectées de vol ou d’agression, en décidant de rendre justice par ses propres moyens afin de faire part de son mécontentement face au manque d’efficacité de la police qui est peu présente dans ces quartiers. En réalité, ces actes reflètent surtout la multitude de problèmes que rencontre une grande partie de la population. Depuis quelques temps, un réel sentiment d’insécurité s’installe dans les quartiers populaires en raison de la difficulté des uns et des autres à survivre au quotidien et du malaise que suscite le risque permanent d’exclusion. Par conséquent, certaines personnes ont été les malheureux boucs émissaires frappés par la sauvagerie de groupes dont la frustration grandissante a fait perdre toute notion de raison…. Les temps sont de plus en plus durs pour les populations pauvres installées en zone urbaine car face à la hausse flamboyante de tous les prix (pétrole, riz, blé,…) et l’absence d’accès au travail, le désespoir s’installe très vite et l’effet de foule menant à un certain sentiment d’appartenance semble combler bien des manques.
Le retour de ces milliers de Mozambicains en provenance d’Afrique du Sud aura des implications socio-économiques conséquentes car la plupart de ces personnes y ont laissé leur travail ainsi qu’une grande partie de leurs biens vue la situation de hâte dans laquelle ils ont pris le chemin du retour vers le Mozambique…


Florence said,
May 28, 2008 - 10:30 am
Salut Charlotte!
Très intéressant d’avoir le point de vue de l’autre côté de la frontière…
La situation est effectivement assez grave; on parle même maintenant de troubles orchestrés par des organisations criminelles pour déstabiliser le pays.
Ce qui est sûr, c’est que la diplomatie silencieuse ( “quiet diplomacy”) prônée par Mbeki vis-à-vis, entre autres, du Zimbabwé, montre ses limites. Le problème de l’immigration clandestine des Zimbabwéens n’a jamais fait l’objet d’une politique claire .
On ne peut qu’espérer que ce problème des immigrants ne soit pas lancé comme une patate chaude d’un pays de la région à un autre, emportant avec eux les problèmes rencontrés en Afrique du Sud…
Florence said,
May 28, 2008 - 10:30 am
Salut Charlotte!
Très intéressant d’avoir le point de vue de l’autre côté de la frontière…
La situation est effectivement assez grave; on parle même maintenant de troubles orchestrés par des organisations criminelles pour déstabiliser le pays.
Ce qui est sûr, c’est que la diplomatie silencieuse ( “quiet diplomacy”) prônée par Mbeki vis-à-vis, entre autres, du Zimbabwé, montre ses limites. Le problème de l’immigration clandestine des Zimbabwéens n’a jamais fait l’objet d’une politique claire .
On ne peut qu’espérer que ce problème des immigrants ne soit pas lancé comme une patate chaude d’un pays de la région à un autre, emportant avec eux les problèmes rencontrés en Afrique du Sud…