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Stratégie de continuité…

Voilà, nous entrons dans les dernières phases du projet dans lequel je travaille. Le projet Prodesimi (proyecto de descentralización del Ilustre Municipio de Ibarra) est un programme de « gestion participative, décentralisation des soins de santé, environnement et tourisme » et il touche maintenant bientôt à sa fin : la date de fermeture officielle est prévue pour le 30 septembre 2008.

Mais avant toute chose, pourquoi un appui à la décentralisation ? Qu’est-ce la décentralisation ?
En Equateur, c’est le Ministère de la santé publique (MSP) qui gère les thèmes de santé dans tout le pays. Celui-ci a une structure déconcentrée c’est-à-dire qu’il est représenté au niveau provincial par les directions provinciales de santé et au niveau municipal, les ‘Areas de salud’. Ceux-ci dépendent directement du MSP, sont composés de fonctionnaires du MSP et reçoivent es fonds de celui-ci. Avec la décentralisation, ce ne serait plus le MSP qui gèrerait le thème de santé, mais le niveau local, c’est-à-dire dans notre cas la municipalité d’Ibarra. Ce serait elle qui recevrait les fonds du Ministère de la santé et qui implémenterait les activités de santé, qui étaient auparavant la responsabilité du Ministère. D’un côté, dans la vision décentralisée, on estime que les acteurs locaux connaissent mieux la réalité locale et sont donc plus à même de remédier aux besoins et nécessités de leur population. D’un autre côté, dans la vision centralisée, ce sont les fonctionnaires du Ministère de la santé qui prennent des décisions à partir de leur bureau, sans savoir vraiment quelles sont les nécessités de la population et implémentent des campagnes sur ce qu’ils pensent nécessaire, ce qui ne l’est pas toujours du point de vue de la population même. Pour éviter, ou du moins réduire, cet écart entre les besoins estimés d’une population et ses besoins réels, beaucoup de coopérations étrangères appuient ces processus de décentralisation, dans cette vision d’appui à la population locale et de renforcement des capacités locales. Voilà donc un des buts de Prodesimi.

Cette deuxième année sur le programme est, je trouve, plus difficile et plus ‘challenging’ que la première, tout en étant super intéressante. Il est temps de penser à la fermeture du projet et donc d’essayer d’implémenter des stratégies de sortie, afin que les efforts accomplis ces 3 dernières années perdurent.
Les activités qui ont été implémentées dans le programme ont été définies en impliquant les différents niveaux locaux, voire régionaux. A la fin d’un projet, les questions à se poser (bien qu’idéalement il vaudrait mieux se la poser avant) sont: Est-ce que les capacités locales ont-elles été suffisamment renforcées ? L’implication des pouvoirs locaux dans la définition et l’organisation des activités du programme a-t-elle été suffisante ? Les structures locales se sont-elles responsabilisées et ont-elles aidé à gérer et assumer les activités mises en place ?
Evidemment, toute la question est de savoir s’il y a une bonne manière de responsabiliser la contre-partie du projet et, si oui, quelle est la bonne manière de le faire ?
Tout projet dépend de facteurs externes, qui sont indépendants de lui mais qui peuvent l’affecter directement. Dans le cas de PRODESIMI, et plus particulièrement dans les parties santé et gestion participative du programme (dans lesquels je travaille), ces facteurs externes étaient liés à la situation politique de l’Equateur. En effet, il y a une loi en Equateur qui stipule que dans le thème de la santé, la décentralisation peut être demandée par une municipalité (municipio) et que le gouvernement et la municipalité ont 90 jours pour trouver un accord. En cas de non accord, c’est la proposition de la municipalité qui est acceptée. Une fois la demande de décentralisation déposée, le gouvernement ne peut qu’accepter la décentralisation, il n’a pas le droit de la refuser. Seulement voilà, la situation pratique est différente de la théorie…
Le programme PRODESIMI avait défini comme stratégie d’appuyer la municipalité d’Ibarra dans sa demande de décentralisation en santé, une fois fini le temps légal imparti, la municipalité d’Ibarra assumerait et continuerait les activités mises en place (plus particulièrement dans les thèmes de promotion de la santé et prévention des maladies). Mais nous avons été confrontés à un problème il y a quelques mois : la demande de décentralisation en santé a été refusée par le gouvernement. Pas ouvertement, mais les négociations ont été suspendues par la Ministre de santé parce qu’une assemblée constituante a été formée (en août-septembre). Celle-ci a comme rôle de créer une nouvelle Constitution, l’actuelle constitution ne devant pas rester valable très longtemps. Le parti du président ayant obtenu la majorité parmi les représentants de l’assemblée constituante (entre 70 et 80%), il sait que ce n’est qu’une question de mois avant que sa proposition de constitution soit adoptée. D’où la mise en stand-by du processus de décentralisation en santé. Dans la nouvelle constitution proposée, les municipalités n’auront pas autant de poids, des régions seront crées et les provinces effacées, bref une grande restructuration politique en vue mais pour savoir ce qu’il en sera vraiment, seul l’avenir nous le dira !

Pour revenir aux stratégies de continuité des programmes, j’ai été assez surprise de voir que celles-ci n’étaient pas plus développées que cela dans les formulations de projets.
Comme m’a dit un des AT, il y a toujours une différence entre ce qu’on apprend à l’université, la théorie et la pratique…
Lors de mon master en Développement, plusieurs de nos cours mettaient l’accent sur la ‘durabilité’ ou continuité des projets. Nous avions appris que les projets de coopéraiton dans les années 70 avaient été des projets avec une vision de type ‘paternaliste’ où les pays ‘développés’ venaient en aide aux pauvres petits pays ’sous-développés’ afin d’aider à les sortir de leur pauvreté en leur donnant des moyens financiers et en essayant de répliquer ‘succès démocratiques’ des pays de l’ouest. A cette époque-là on ne se préoccupait pas de développer les capacités locales, de former les gens pour qu’eux-mêmes puissent définir leurs besoins et s’organiser pour les améliorer et développer par exemple les soins de santé, l’éducation, le développement rural, etc, d’une manière propre à la culture et à la vision de leur pays. Depuis les années 90 nous sommes sortis de cette vision de la coopération… Les projets sont souvent des accords entre pays et par exemple, dans le cas de l’Equateur, c’est le gouvernement équatorien qui a proposé les projets actuellement en œuvre dans le pays et ce sont la DGCD et la CTB qui ont aidé à les définir et à les implémenter.
Cependant la question de la continuité n’est abordée que sommairement et devrait être plus développée lors des formulations de projets. Nous nous retrouvons confrontés aux élections municipales qui auront lieu dans quelques mois (en octobre). Comment faire pour garantir que les stratégies qui ont été mises en place pendant ces 3 dernières années perdurent, et ce, indépendamment du Maire élu ou du Directeur de santé de la municipalité (poste politique, c’est le maire qui désigne les directeurs des différentes directions de la municipalité) ? Comment faire pour que nos 400 volontaires de santé aient un suivi et continuent d’être formés? Comment faire pour former des nouveaux volontaires afin de remplacer ceux qui émigrent? Qui va se responsabiliser et continuer à mettre en œuvre annuellement l’audit social? Qui va se charger de l’organisation des comités locaux de santé?
Autant de questions et de challenges auxquels le programme est confronté et auxquels il faudra trouver une réponse dans les prochaines semaines voire les prochains mois, pour continuer à améliorer la situation locale des communautés…

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