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Manifestation de masse à Maputo |
Mardi 5 février, la ville de Maputo a connu une vague de mobilisation sans précédent….la population s’est prononcée haut et fort contre l’augmentation des prix des transports semi-publics (“chapas”- minibus) annoncée il y a peu et qui devait entrer en vigueur ce jour-là. Les nouveaux tarifs aller simple prévoyaient une hausse de 5 à 7.5 MT (soit de 0.2 à 0.3 USD) pour les zones du centre-ville et de 7.5 à 10 MT (soit de 0.3 à 0.4 USD) pour la liaison entre le centre et les banlieues. En d’autres termes, cette hausse des tarifs de 30 à 50% affectait principalement les moins privilégiés qui vivent en bordure de la ville et sont entièrement dépendants des transports en commun pour se rendre au travail. Les justifications avancées par le gouvernement et la FEMATRO (Fédération Mozambicaine d’Associations de Transports Routiers) évoquaient en effet le besoin de faire face aux coûts de maintenance des véchicules et à l’augmentation du prix du pétrole. Mais dans un pays où le salaire minimum est fixé à 2 USD par jour, consacrer jusqu’à un tiers de son revenu pour se rendre au travail, ça fait beaucoup trop!
Pour en revenir au 5 février….alors qu’en début de matinée, tout semblait encore calme en ville et que les gens circulaient normalement, un mouvement de manifestation se dirigeait progressivement des banlieues vers le centre en établissant des barricades sur les grands axes, mettant le feu à des pneus, renversant des containers d’ordures au milieu de la route, vandalisant voitures, magasins et stations essence au passage et lançant des noix de coco et des pierres aux voitures qui essayaient encore de se faufiler à travers la foule! Même une école portant le nom du Président mozambicain (Armando Guebuza) n’a pas été épargnée. La police, qui n’était absolument pas préparée à une telle réaction de la population, a tenté de mobiliser ses ressources rapidement pour calmer le jeu. Très vite, les balles de fusil ont commencé à voler, le gaz lacrimogène n’a pas tardé à suivre et les médias ont commencé à parler de morts et de représailles envers les familles des policiers. Pendant ce temps-là, j’étais assise au bureau assaillie d’e-mails circulés par les employés des organisations internationales et agences de coopérations basées à Maputo, relatant les derniers échos de leur quartier et communiquant les messages reçus par leur service de sécurité. A midi, tous les magasins et les banques de la ville ont fermé leurs portes de peur que la situation ne dégénère davantage. Un des coins les plus tendus était l’avenue où se trouvent la plupart des ambassades et les bureaux de l’ONU, constituant l’axe principal entre l’aéroport et le palais présidentiel…Une telle situation peut sembler relative dans un pays d’Afrique, mais Maputo est d’habitude une ville très tranquille où les gens se balladent sans crainte sous une atmosphère agréable et conviviale, personne ne s’attendait à témoigner des évènements qui se sont déroulés ce jour-là!
Le soir arrivé, la situation s’est bien tranquilisée suite à ce que le gouvernement et la FEMATRO annoncent la suspension de la hausse des tarifs jusqu’à ce qu’une solution alternative soit trouvée. Résultat des courses, le lendemain, les opérateurs et chauffeurs de “chapas” ont appelé à la grève générale! Comme quoi le problème ne serait pas réglé si facilement!
Et puis en fin de semaine, certaines stations essence se sont retrouvées en pénurie de pétrole face à des files interminables de voitures voulant faire le plein, car une rumeur circulait comme quoi les camions-citernes et autres camions de marchandises n’osaient plus entrer en ville faire leurs livraisons…dans ces cas-là, le sentiment de panique se propage très vite! Ceci-dit, en sortant du travail pour faire quelques courses dans mon quartier, peu après 18h, j’ai justement vu plusieurs camions-citernes passer….comme quoi! C’est vrai que lorsqu’on voit la vitesse à laquelle tout a dégénéré au Kenya, on peut comprendre que les gens soient trop prudents….Heureusement, après 3 jours de négociations intenses, le gouvernement a annoncé qu’il s’engagerait à subventionner les transports semi-publics pour répondre au problème. A vrai dire, au premier abord, la FEMATRO ne semblait pas encore tout à fait satisfaite et semblait bien douteuse à l’égard des promesses avancées par le Ministre des Transports. Depuis lors, le gouvernement a proposé à la FEMATRO de rembourser les opérateurs de “chapas” pour la différence des dépenses en carburant imposée depuis l’augmentation du prix du pétrole (passé +/- de 31 à 35 MT/litre). Cette mesure s’applique uniquement aux grandes villes du pays, la question d’étendre cette solution au transport provincial et inter-provincial n’est pas encore à l’ordre du jour.
Quelques jours après les manifestations à Maputo, la circulation des “chapas” a repris normalement et la ville semble avoir bien retrouvé le calme à présent… L’essentiel, c’est que les autorités aient réagi très vite et reconnu que les passagers des “chapas” ne sont pas en mesure de contribuer davantage au financement du système de transports routiers. Malgré tout, les derniers chiffres officiels ont fait le triste rapport (approximatif) de 5 morts et d’une centaine de blessés. Espérons seulement que les accords conclus entre le Ministère des Transports et la FEMATRO se concrétisent en solutions viables et efficaces à long-terme. Et pour continuer sur la lancée des faits survenus à Maputo, d’autres mouvements à travers le Mozambique ont fait entendre leur voix ces dernières semaines (contre la hausse des prix du pain, pour l’augmentation des salaires, etc)…. ces évènements divers laissent croire que le pays pourrait être sur le point d’entrer dans une phase de vaste mobilisation et de réactivité de la population vis-à-vis des politiques et positions du gouvernement central – comme jamais vu auparavant.


