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Sysiphe ou le bus planté |
Depuis assez longtemps, je me disais que je devais me rendre dans le district au Sud de ma région, celui qui jouxte Karagwe, le district de Ngala.
Ce week-end était censé être LE week-end Ngala.
J’avais acheté les billets jeudi pour moi et Chandrika. Départ samedi matin à 9h30.
Après avoir fait l’ouverture de la banque pour prendre un peu d’argent, nous partons donc à Omurushaka, village de départ du bus, à une vingtaine de minute de mon propre village.
Le bus est là , il n’est pas trop en mauvais état, nous avons de relativement bonnes places. Tout commençait donc bien. Nous sommes même partis à peu près à l’heure.
Peu après le départ, il recommence à pleuvoir. Une petite pluie par rapport aux pluies diluviennes que nous avons eu ces derniers jours. Nous sommes juste derrière le chauffeur. Entouré par des bagages d’autres passagers. Nous avons également une vue directe sur le garde du bus. La route étant parfois un peu dangereuse, tous les bus sont accompagnés d’un homme en arme censé protéger les passagers en cas d’attaque. Mais en l’occurrence, notre garde ne parait pas vraiment aux aguets comme vous pouvez le voir ci-dessous…
D’après les autres passagers, si jamais il y avait un pb, il planquerait aussitôt son arme sous son siège pour ne pas que les brigands le remarquent et s’en prennent à lui. Selon d’autres, il serait le premier à s’enfuir en laissant les passagers en les mains des attaquants. Quelle est la part de vérité dans tout cela ? Je ne sais. Je n’ai, heureusement, pas encore eu l’occasion de voir ça par moi-même..
Alors que nous dissertons avec Chandrika de l’efficacité de ce garde, nous nous arrêtons brusquement. Cela nous donne l’occasion de voir les enfants du coin courir après les criquets, qui une fois frits et assaisonnés, seront un mets de choix. Ca croustille et ça n’a pas bcp de goût..
Plus bas dans la vallée, nous apercevons la raison de notre arrêt. Un semi-remorque essaie d’escalader la pente mais en vain. La pluie a rendu la piste trop glissante pour qu’il puisse continuer sa montée. La route n’étant pas très large, quelques éclaireurs du bus, vont voir ce qu’il en est et voir si le bus pourra croiser ce camion à l’arrêt. Après nous avoir fait descendre, sous la pluie (heureusement on devient bon et on ne sort plus sans nos mini parapluies), le bus entame la descente pour croiser ce camion au milieu de la pente.
Et là , badaboum, en essayant de croiser, le chauffeur doit rouler sur le bas coté qui est très friable, encore plus par temps de pluie, et voila la roule avant gauche du bus enlisée après l’effondrement du bas coté.
A ce moment personne ne panique encore. Les accompagnateurs du bus commencent à aller chercher des pierres et à les jeter près de la route pour renforcer le bas coté. Après des essais infructueux, une bonne partie des passagers essaient de pousser le bus… Etonnamment, en vain..
Nous bloquons totalement la route. Quelques dala et voitures attendent derrière nous. Une voiture du gouvernement, je pense, attend aussi et le chauffeur vient demander ce qu’il en est. Mais il se fait rabrouer par les passagers qui l’interpellent sur l’état lamentable des routes. Il faut dire que cette route est la route principale du district. A qu’à part sur quelques kilomètres elle n’est pas goudronnée et pas très entretenue si on en juge les problèmes du jour. Toujours est il que la voiture du gouvernement fait demi tour sous les apostrophes qui n’ont pas l’air très sympathique.
En continuant à rajouter des pierres, le bus semble alors prêt à sortir de l’ornière. Le chauffeur donne un bout coup d’accélérateur, le bus bouge, la roue avant avale les pierres et sort de son trou .. serions nous prêt à repartir ?
Cette question dure 4 secondes, le temps pour le chauffeur de ne pas maîtriser sa sortie, de faire effondre le bas coté 3 mètres plus loin et de carrément aller se planter dans le fossé.
Il pleut toujours. Après avoir attendu un peu, nous comprenons que nous n’arriverons jamais à Ngala ce jour, même si le chauffeur et d’autres nous prétendent le contraire. Nous observons les tentatives du propriétaire de sortir le bus en le tractant avec son petit 4×4.
Nous voyons arriver un énorme engin de déblayage. Mais l’espoir est de courte durée, il ne vient pas nous aider. Il coupe à travers champs pour nous éviter puis s’en va polluant l’air durablement.
Finalement, je me décide à emprunter le téléphone d’un autre passager (mon réseau n’est pas présent dans ce coin) pour appeler une voiture qui puisse venir nous chercher. Heureusement nous ne sommes pas bien loin de chez moi car la route était très mauvaise et à cause de la pluie.
Bref, une bonne petite expérience et un week-end avorté. Et on a pu voir de super fleurs
 Du coup, repos à Kayanga sous un soleil radieux depuis hier. Nous avons de la chance pour une fois de ne pas être sous la pluie le week-end.
 Le mauvais état de l’infrastructure routière handicappe assez fortement le developpement du district. Il y a bcp de bananes, de café, mais les sortir du district est long et difficile. Le problème est d’autant plus important que ce ne sont que des pistes et dès qu’il pleut un peu trop, pas mal d’érosion. Du coup, meme si les services de TANROAD ou du district remettent de la terre sur les routes, ca ne sert pas bien longtemps. L’entretien des routes, c’est le mythe de Sysiphe içi !


