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Coup de geule

J’ écris en vitesse un premier petit message “coup de geule” qui me tient à coeur. La journée a commencé avec une très mauvaise nouvelle puisqu’une secrétaire de notre bureau à Kaolack, qui était partie depuis début août pour un congé de maternité, a accouché dans la nuit de samedi à dimanche mais son bébé est mort.

En fait elle se faisait suivre depuis le début dans une clinique privée, espérant recevoir de meilleurs soins qu’à l’hôpital public. Elle a été à tous ses rendez-vous, le bébé se portait très bien. Elle s’est rendue à la clinique dès que le travail a commencé mais ça prenait vraiment beaucoup de temps et elle souffrait énormément. Mais on l’a laissée seule la plupart du temps. Quand l’infirmier passait, il lui disait en gros qu’elle était “douillette”… Le médecin n’était pas sur place et quand l’infirmier s’est enfin décidé à lui téléphoner, il n’était pas joignable car son GSM était éteint. Tout ça pour dire que le bébé faisait 4 kg et qu’il aurait fallu l’aider à sortir mais au lieu de ça, il est mort dans le ventre de sa maman. C’est vraiment impossible à comprendre et encore plus à accepter. C’est écoeurant, révoltant, inadmissible. Je sais depuis le début que le Sénégal a des taux de mortalité maternelle et néonatale particulièrement élevés, tout le pays le sait, mais malgré cela, des situations comme celle que je vous ai décrites arrivent encore tous les jours. En Belgique, on ferait un procès, ici les gens sont tellement fatalistes – c’est ainsi que certains se qualifient eux-mêmes- que rien ne sera fait. Pourtant qu’on ne vienne pas dire qu’”ils vivent la mort autrement” que nous. Ma collègue a perdu son premier enfant et ça, c’est une souffrance que rien ne pourra jamais effacer.

Nous travaillons dans un contexte où la rareté des ressources humaines est un problème fondamental. Pourtant, notre marge de manoeuvre dans ce domaine est plus que limitée : c’est à l’Etat Sénégalais d’assurer la disponibilité du personnel soignant. Mais quand nous, en tant que projet, organisons des séminaires résidentiels ou des formations d’un jour, il serait important de se demander dans quelles mesures les avantages – élaboration de fiches de conduite à tenir devant les urgences, création d’un dossier d’hospitalisation – dépassent les inconvénients engendrés. En effet, les techniciens de la santé sont énormément sollicités par un nombre impressionnant de partenaires, les maintenant de fait absents de leur structure où ils sont pourtant les seuls à même d’offrir des soins de qualité. Que se passera-t-il si une autre secrétaire se rend dans un centre de santé pour bénéficier d’un accouchement assisté et que les deux seuls médecins affectés dans la structure participent à un atelier loin de là?

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